« Attentat, attention »

Un léger brouhaha couvrait la salle de bal, pleine à craquer des invités au mariage. Tout le gratin était là, famille, hommes politiques, acteurs ringards et autres pin-up éméchées, tous travestis en grandes pompes pour l’occasion. Du costume tape à l’œil, aux robes de soirées trop peu fournies en tissus, en passant par les vêtements de location, en noir et blanc, comme une partie d’échec chaotique.

Les convives arpentaient la grande salle de bal, sous l’œil scrutateur des agents de sécurité. Les journalistes, envoyés par leur rédactions pour couvrir l’événement, se massaient tel des hyènes autour du buffet (gratuit) qui était mis à leur disposition. L’orchestre loué pour l’occasion, jouait sans grande conviction la Play liste donnée par le tonton de la mariée. Les maîtres d’hôtel jouaient une partition silencieuse d’un geste du menton, indiquant aux serveuses et serveurs, les taches à effectuer. Le champagne coulait outrageusement, noyant dans l’ivresse tout ce beau monde.

La famille de la mariée possédait du sang royal dans les veines et s’acquittait d’une grande fortune. Mariage pompeux pour une grande famille influente, réactionnaire au possible, conformiste à l’excès mais qui avait accueillie en son sein, à la surprise générale, un pauvre roturier en la personne de Jean-Luc Smykard, 43 ans, petit, moche et surtout sans emploi. L’Amour et ses mystères, avaient frappés la fille unique et seule héritière, à grand coup de foudre pour un simple péon. Les médias, l’avaient traqué, jour et nuit. Rien n’y avait échappé, ni le bistro où il traînait, ni son petit TLM (Taudis à Loyer Mirobolant). Aussitôt le poste privilégié, de conseillé du Président de la République, du père de la mariée avait fait les choux gras de nombreux quotidiens à l’internationale. La photo violée au couple d’amoureux, lors d’un repas romantique dans un petit restaurant discret, nommé –Chez Flu’ch-, et avait aussitôt enflammée le monde entier et tous maintenant, attendaient, retenant leur souffle, l’arrivée des nouveaux époux pour le Bal.

A l’abri des regards, adossés contre un mur, dans un coin du grand salon, l’homme portait un costume noir bon marché et il scrutait les invités d’un œil inquisiteur. Il avait refusé à plusieurs reprises, la coupe de champagne proposé par le personnel en extra. Il attendait le bon moment.

Son plan était parfait. La ceinture lui serrait un peu trop le ventre mais rien ne l’arrêterait. Il avait, avant de venir, fumé un où deux pétards pour lui donner du courage. La tête lui tournait et il transpirait à grosse goute mais rien m’empêcherait, après une semaine de préparation, ce qui devait arriver. Sa vengeance serrait terrible.

Apres distribution de quelques hectolitres de Champagne et remontant la salle comme un tsunami, une rumeur annonçant l’arrivé des mariés parvint aux oreilles de l’homme en noir et de l’assemblée. Les gens se massèrent vers l’entrée de la salle comme des porcelets aux mamelles de leur mère. Il sourit d’un sourire carnassier, qui fit sursauter une Bimbo pompette qui passait près de lui. Les applaudissements remplacèrent les mélodies somnolentes de l’orchestre, précédant l’entrée dans les lieux pour le couple, star de l’événement. Il se décolla du mur et fendit d’un bon pas, la foule en direction du centre d’intérêt collectif. Il bouscula, sans vergogne une petite grand-mère trop maquillée et fonça vers l’homme heureux qui pinçait des pognes avec un grand bonheur. Plus il se rapprochait de sa cible, plus son estomac gargouillait, plus il jubilait. Plus il jubilait, plus son estomac grognait…

Le marié paradait au côté de sa riche épouse, un timide rictus dessiné sur ses lèvres, devant une tripotés d’inconnu(e)s à qui, il se devait de leur toucher les paluches. Il ne pensait qu’à la bonne bière et la nuit de noce à venir. Dans la cohue des compliments hypocrites et le crépitement des flashs, il remarqua l’homme en noir fendre la foule droit vers lui. Il fronça son mono sourcil et sourit à pleine dents, lorsqu’il reconnu l’individu. L’homme semblait tirer quelque chose au niveau de la ceinture et celui-ci hurla de tous ses poumons, un :

-ALLEZ TOUS AU BAR !!!!

Le marié ne réagit pas immédiatement et se pris, ainsi que les quelques dizaine de personnes pressées autour du couple star, dans un premier temps, l’énorme vent malodorant :

-PRRRROOOOUUUUUUTTTTTTTttt pfffff !!!!! Lâché par l’homme en noir qui venait de détacher sa ceinture de pantalon, d’un geste vif et pervers.

Et dans un second temps, l’odeur pestilentielle d’un pet contenu, digne d’Éole. Exclusivement composé d’une semaine de fayots et choux fermentés, arrosés de litres de bière, qui dévasta instantanément, les facultés olfactives de tout ce beau monde, et ce pour plusieurs semaines. Quelques uns racontèrent bien plus tard, avoir eus les yeux qui piquent.

Le rire gras du marié, couvert par celui de son ami de bistrot, résonnait dans le silence d’hécatombe qui se faisait entendre dans la salle de bal. Entre deux sanglot-rires, il se tourna vers l’homme et dit :

-T’es con, Dédé, pas à mon mariage, t’es vraiment trop con…Mouhahahaha !!!

The End

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