« Beuker-Land »

(Première partie)

L’étrange caravane, composée de Néléphan et de buffles domestiques ainsi que des Muto’s et quelques Hom’s, avait dressée son campement, aux abords de la ville d’Aris. Offrant aux Bouzgnards de la région : « Spectacles et curiosités ». Offrant à l’occasion, aux truands et autres salopards des lieux : « Victimes et butins ».

Zargol avançait entre l’équipage de ce curieux cortège et le groupe de bestiaux qui le composait, à la recherche de la remorque de son amie « Celle qui savait tout » …

Un Néléphan délesté de sa charge, secoua sa double trompe, aspergeant de plusieurs baquets d’eau, l’ensemble des crétins devant lui. Zargol esquiva de peu la douche Néléphantesque.

Arrivé devant la remorque bariolée, Zargol attendit des heures, avant d’être présenté devant la Sage Dam’Sangrine. Le temps d’installer leur brick à braque et faire montrer son impatience.

Zalgor regarda encore une fois la petite bonne fem confortablement installée dans un siège ancestral. Elle avait la peau mate, tannée par les emmerdes, le cheveu hirsute au dessus de sa tête. Elle était affublée d’un sourire, que Grand Père qualifierait « d’Ang’lik ». Ses deux incisives écartées donnaient l’impression d’une porte vers toute la sagesse, enfermée dans ce si petit bout de Meuf.

L’ancienne remorque où l’on accueillait les crétins trop crédules, venus boire toute la sagesse distillée par un peu d’espoir sur pattes, était bien plus chiche que l’antichambre divinatoire de Dam’Sangrine. L’énorme cigare de Canah, qu’elle écrasait sur une table en pierre dure, baignait la pièce dont le sol disparaissait sous une tonne de coussins, dans un énorme nuage euphorisant. La couchette, plus qu’un fauteuil où était vautrée la divine personne, semblait venir d’un âge plus ancien que Zargol ne pouvait compter. L’énorme Chah violet, roulé en boule aux pieds de sa maîtresse, ronronnait de quiétude.

Zargol savait que les Chah existaient déjà aux temps anciens, mais la guerre de La Grande Lumière avait quintuplée leur taille et changée bien des aspects de leur comportement. Dangereux sauvages, très dangereux en groupe, difficile à dresser, très difficile, mais tellement mignons…

Il regarda, dans les yeux pétillants de Canah, et demanda à Dam’Sangrine « Celle qui savait tout » :

“Dit moi ma belle amie, ne serais tu pas entrain de me faire poireauter, non ? Depuis le temps que tu me connais, pas à moi…. “

La jeune fem, sourit de son sourire partagé, et jeta un clin d’œil malicieux vers son vieil ami. Elle se redressa sur son sofa en allumant un autre cigare de Canah. Après avoir soufflé une longue volute de fumée, elle répondit d’une voix ensommeillée :

“Mon copain, fidèle ami, Je t’en pris, vautre toi ou tu veux. Prend un cigare de Canah, fais comme chez toi… »

Zargol, soupira, sachant qu’elle aimait jouer avec sa patience, se servant dans la boite à cigare et se couchant sur un tas de coussin, il rétorqua tranquillement :

« Comment ça va, Dam’Sangrine ? Toujours sur les routes avec ta caravane. A ce que je vois, elle a encore grossie. Combien vous êtes, maintenant ?»

D’un geste langoureux, Dam’Sangrine éparpilla la fumée épaisse qui la cachait de son visiteur adoré. Elle scruta, sans dire un mot la seule personne en qui elle pouvait compter et dit :

« Nous sommes plus, Zargol. Plus nombreux nous seront, plus longtemps nous survivrons. Zargol, je sais pourquoi tu es venu jusqu’à moi. Et je vais t’aider. Attend, ne dit rien. Laisse-moi finir. Tu as faim, j’ai du Gro’Dogs, bien frais ? Non ? Un truc à boire ? … »

D’un geste plein d’impatience, Zargol repoussa toutes les propositions. Il ne voulait qu’une chose, la localisation du BEUKER. Darhn en avait parlé à plusieurs reprises, sans jamais donne d’indication sur son lieu d’origine. La curiosité d’en connaitre plus, sur les origines de son Géant d’ami, le travaillait depuis quelques cycles. Il savait que l’endroit était presque sacré pour le Géant, mais assouvir ses démangeons mentales, devenaient vitales.

« Je me doutais que tu devinerai le but de ma visite. Je m’attendais à plus de réticence de ta part. Je suis agréablement surpris, qu’attends-tu de moi ? Car tu attends forcément, un truc ? Non ? »

Dam’Sangrine « Celle qui savait tout », ricana au milieu du nuage, qui encombrait l’atmosphère de la remorque. D’un mouvement laconique, elle caressa l’animal endormi qui sursauta en plein rêve, d’un quelconque massacre ou chasse sanglante. Il filât prestement vers l’arrière du fauteuil.

« Désolée mon beau Bamboo, je ne voulais pas t’emmerder, pardon »

Le Chah irrité, feula légèrement, montrant sa désapprobation et disparu dans le tas de coussins, non sans donner un coup de griffes acérées sur la main tendue de sa maîtresse.

« Tu vois Zargol, on croit tout maîtriser mais la nature, te rappelle sans cesse que tu ne mérite pas de vivre dans ce monde décharné. Tu as raison, j’ai besoin que tu m’aide »

Essuyant le sang, elle se pencha vers Zargol et dit :

« Je vais t’indiquer l’endroit ou tu pourra trouver des réponses à tes questions. Je vais même t’accompagner sur ton chemin. Nous partirons dans un cycle, si cela ne te dérange pas. Le temps que mes compagnons prennent du repos, le temps de recharger les réserves. La route va être longue et rude. Nous allons, dans la zone du Grand Froid… »

Zargol frissonna doublement, de crainte et de froid glacial, au nom de l’endroit. La zone du Grand Froid, était l’endroit le plus hostile du monde laissé par les « P’tains d’Anciens ».

Selon les mythes qui se colportaient dans les terres dévastées, lors de la guerre de la Grande Lumière, la Ter ‘ avait bougée. En plus des milliers de Boumboum qui avaient pourries les chances d’une vie facile, une très grande quantité des eaux avaient été absorbées par le Grand Froid. Laissant des gouffres infranchissables et méga hostiles ou survivre devenaient un challenge de tout instant. Ainsi Darhn serait un Survivant venant des enfers. La main posée sur son épaule, le ramena devant Dam’Sangrine. Elle le regardait toujours avec son sourire d’Ang’lik et lui tendait un gros cigare de Canah :

« Alors Zargol, mon ami ? C’est bon pour toi ? Je te dirais plus tard, ce que j’attends de toi. Profite de ce que la caravane peut t’apporter. Nous partons dans un cycle, soit prêt. Le voyage risque d’être dangereux. Maintenant laisse moi, je vais méditer… »

Zargol quitta la remorque sur un dernier regard pour son amie. Elle rallumait un cigare de Canah. L’énorme Bamboo ressortait de son tas de coussins, cherchant excuses et câlins.

La vie de la caravane était rythmée par les spectacles de dresseurs de bestioles terrifiantes, Mages plus ou moins doués, Muto’s à deux têtes et autres machins ridicules. Tout ce petit monde survivait de zones périlleuses en rassemblement de Bouzgnards débiles. Ils vivaient de rapines, de ventes de gri-gri porte-chance, porte-malchance, Gros kiki renouvellement de génome garantis… Leur nombre, une bonne centaine, bestioles non-compris garantissait une certaine sécurité dans cet étrange compagnie. Les Bouzgnards d’Aris, fascinés par toute cette faune hostile déambulait entre les remorques et cages que composait le campement. Terrain de jeu des Faiseurs de poches et autres brigands.

Zargol passa le cycle d’attente dans les Multi bras d’une paire de jumelles, aussi aguicheuses que douées pour lui faire oublier son impatience. Il avait cherché à revoir Dam’Sangrine, mais elle semblait toujours en méditation. Trop stone, pour recevoir ses adeptes, elle restait enfermée dans son sanctuaire mobile.

Au matin du nouveau cycle, après une soirée arrosée et transpirante. Zargol sortit de son coma et trouva penchée sur lui, le visage souriant et enfumée de Dam’Sangrine :

« Alors mon grand, tu es prêt ? Yana et Kôrin ont bien veillées sur toi ? Lève toi, le départ est donné maintenant »

La tête en vrac, Zargol compris qu’il avait été bercé par le déplacement de la caravane. Ce redressant difficilement de sa couche en bataille, il demanda directement :

« Alors que me veux tu ? »

La jeune fem tendit la main et déposa un bout de papier sur les genoux de Zargol. Il resta un moment silencieux, les yeux ensommeillés posés sur le papier mystère. Nu comme un survivant né malchanceux, il s’extirpa de sa couche bien traitée, sans aucunes gênes pour la pudeur de son amie. Cela faisait longtemps qu’ils avaient mélangés leur génome. Leurs relations étaient devenues comme fraternelles, avec un peu de défiance. Comme disait Darhn, un pour sois et chacun s’démerde…

« Tu es sure de toi, tu ne veux que ça ? Une liste de courses ? Tu te moque de moi ! Dam’Sangrine met en péril sa caravane, sa vie protégée pour « Une liste de course ? » »

Le voyage depuis Aris en direction de L’orée de la Foret Vivante prés de Nant’, dura quelques cycles. Aucun danger trop important n’avait ralenti le convoi hétéroclite. Une grande partie de celui-ci fit une halte prés des vestiges de Nant’ afin d’assurer la survie du plus grand nombre. L’autre petite partie composé de deux Néléphan tractant la remorque, d’une dizaine de mercenaires privés et quelques adeptes de Dam’Sangrine, continuèrent vers le Grand Froid.

Zargol rangea la petite liste de M’Dam’Sangrine, lorsque celle-ci le rejoint sur le bord du gouffre gigantesque délimitant le monde dangereux, du monde très dangereux. Il se tourna vers la jeune fem et l’interrogea :

« Alors et maintenant, on fait comment pour aller au delà vers le Grand Froid ? »

S’il n’y avait pas eu le nuage perpétuel entourant la tête de son amie, Zargol aurait entraperçu le sourire Ang’lik de Dam’Sangrine. Sans un mot elle fit demi-tour et tapa dans ses mains.

Aussitôt les membres de l’équipe délivrèrent les Néléphan de leurs chaines, s’aidant de ceux-ci, ils tirèrent sur les parois de la remorque. S’ouvrant comme un œuf de Xénono, encore une autre saloperie. Elle libera un Ballon aérien. Décidément Dam’Sangrine cachait bien son jeu, débrouillarde, allant ou bon lui semble. Zargol l’adorait pour ça.

Le ballon avançait aux grès des vents plus ou moins violent qui s’engouffraient dans les labyrinthes, défilants sous leurs pieds. En moins de temps qu’il ne fallait l’écrire, la machine volante fut chargée d’une demi-douzaine de personnes et matériels. Le reste gardant les Néléphan et attendant leur potentiel retour. Zargol regardait en bas, s’imaginant le chemin qu’avait dû parcourir Darhn, au début de sa vie. Terrible expérience pour un enfant, que de parcourir un monde ou la mort prend toutes les formes possibles et imaginables envoyées par les Anciens pour te re-péter la gueule. Sangrine vint le rejoindre sur le semblant de pont du fragile astronef. Elle se blottie contre son vieil ami et demanda sur un ton grelottant :

« Pourquoi, Pourquoi veux tu aller la bas ? L’endroit est dangereux et je suis sure que Darhn n’apprécierait pas »

Zargol qui ressentait le froid piquant annonçant l’approche de la zone du Grand Froid, enfonça son corps dans la chaleur de sa tenue en peau de Gro’Dogs et contre le corps de Sangrine. Aucunes envies de copuler, juste le plaisir de sentir une douce chaleur disparu depuis des cycles de voyages. Il tourna la tête vers le nuage de fumée et dit d’une voix frissonnante :

« Je dois savoir, tu comprends ? Je lui dois beaucoup, il a changé ma survie. Si je n’y vais pas, je ne pourrai jamais vraiment le comprendre. Je ne pourrais jamais faire de lui la légende qu’il mérite. Et ça je m’en voudrais le temps de ma survie »

Deux cycles que l’horizon blanc se mélangeait avec le ciel blanc. Quatre des mercenaires embarqués étaient morts gelés au premier cycle. Dam’Sangrine et Zargol luttaient contre un froid si vif, qu’il faisait grelotter même au travers des couches de peaux. Le ballon descendait de plus en plus sous le poids de la neige sur son enveloppe de toile. Les pierres noires emportées ne suffisaient pas pour maintenir une chaleur et une énergie vitale sur le long terme.

Dam’Sangrine « Celle qui savait tout » dirigeait le restes des Hom’s dans une direction qu’elle seule semblait connaitre.

La nourriture complètement gelée ainsi que les autres membres du groupes, ne donnait guère d’espoir à Zargol et Dam’Sangrine. Un cycle depuis l’atterrissage en catastrophe dans un monde encore plus catastrophique et ils n’avaient avancés que de…en faite ils n’en savaient rien. Perdus dans le Grand Froid, sans vivres, sans repères. Mais quelle idée à la con ! Ils avançaient pour sur-survivre droit devant ou en cercle, ils s’en foutaient puisque la mort les rattraperaient inexorablement.

Sur la plaine fouettée par plusieurs vents glacials, se disputant la moindre source de chaleurs, apparurent plusieurs points clignotant au loin. Zargol tenait Sangrine par la main, pour ne pas la perdre dans la tourmente enneigée. Ils ressemblaient à un dangereux couple de Makak géant emmitouflés dans leurs armures de peaux.

Ils accélérèrent leurs pas en direction des signaux lumineux. Porté comme un message d’horreur par l’un des vents, un rugissement ce fit entendre au loin ou tout proche, selon l’envie de mourir vite ou pas.

La suite dans « Le Grand Froid »

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