« LA BÊTE » CHAPITRE DEUX

Posted by on Avr 28, 2019 in La Bête | One Comment

MARSEILLE

21/02/2028

-C’est qui le Connard, maintenant ? Hé hé hé, hein,, c’est qui !

Je vous jure que c’est ce qu’il a dit, m’sieur le commissaire…Plusieurs fois même… Répéta nerveusement le veilleur de nuit.

Les touches de la machine à écrire ancestrale tchaketaient, au rythme des doigts virtuoses de l’inspecteur en chef John Serling. Il détestait les ordinateurs, préférant sa vieille machine Underwood 1915 de collection. Elle avait appartenu à sa grand mère et il ne l’a changerai pour rien au monde. Elle était très bien pour faire ses rapports. Les ordinateurs manquaient de charme, racontait John à qui voulait l’entendre.

Il écrasa le mégot de sa cigarette sur le bord du cendrier déjà trop plein. La fumée formait en permanence un faux-plafond nuageux au-dessus du bureau. Il s’enfonça lourdement dans le dossier de sa chaise. D’un geste fatigué, il se frotta les yeux, bailla à s’en décrocher la mâchoire, repoussa la pile de photo et de papiers sur le côté de son bureau. Les images parlaient d’elles même, à vomir, à gerber tripes et boyaux, ce qui ne ferait qu’en rajouter au carnage. Les aiguilles de l’horloge murale indiquent 6h28. Il reporta son attention devant lui, sur le gars mal installé sur sa chaise. Serling extirpa la feuille de papier, parcouru les lignes, leva de nouveau les yeux par dessus les verres de ses lunettes d’écailles, et d’une voix assurée, récapitula les propos du témoin.


-Je soussigné Mr Gandolfi Daniel, né à Marseille le 1er avril 2002, demeurant au 10 rue Saint Pierre dans le 5ème arrondissement de Marseille. Exerçant la profession de veilleur de nuit qualifié, au centre gériatrie de l’hôpital St Zizou, certifie avoir été le témoin des faits suivants :

-Blabla bla…

-Je déclare par ailleurs, être informé que ce témoignage a été établi en vue de sa production en justice et qu’une fausse déclaration de ma part m’exposerait à des sanctions pénales.” Avez vous compris ?

Il prit une pause, afin de laisser le temps au témoin de digérer la situation. L’inspecteur tendit la main vers son paquet de clopes, proposa machinalement à Daniel de se servir. Pendant plusieurs minutes, un silence gênant accompagna les volutes de fumée. John racla sa voix avant de reprendre posément :

-voilà votre témoignage est enregistré. Veuillez relire et signer au bas de chaque pages. Si jamais, à l’avenir, quelque chose vous revenait, je vous laisse ma carte avec mon numéro de téléphone. A l’acquiescement de Daniel, l’inspecteur alluma une autre cigarette.

-Bon, merci de votre coopération, je vous dit à bientôt. Un agent va vous conduire vers le service de santé, pour faire un examen. Ne vous inquiétez pas, c’est la procédure lors d’un crime particulièrement sordide. Merci Monsieur Gandolfi …

L’inspecteur avait déplié sa lourde silhouette et indiquait la sortie du bureau de son énorme main. Une fois seul, il s’écroula sur sa malheureuse chaise qui couina de douleur, ouvrit le tiroir central de son bureau. L’inspecteur John Serling, poussa un long et fatigué soupir avant d’étaler devant lui, les douze dossiers probablement liés par les morts violentes, les plus horribles qu’il n’ai jamais vu au cours de sa carrière…

MARSEILLE

29/02/2028

9h00, la tasse de café était froide depuis un moment déjà. Le cendrier avait déversé une grosse partie de son contenu sur le bureau. Le ciel nuageux du bureau s’était changé en brouillard odorant. Au travers de la porte, John Serling pouvait entendre que la vie d’un commissariat de quartier commençait tôt, bien plus tôt que dans les chaumières aux habitants sereinement endormis. Il maudit les nuits blanches, il rejeta le contre rendu de l’autopsie du veilleur de nuit sur la pile. Comme pour les autres crimes, les corps avaient été déchiquetés, démembrés. A chaque fois, il manquait un organe. Cette fois ci, on avait arraché et emporté les parties génital de Christophe … Aucune piste sérieuse en quatre ans. Il grogna.

Il attrapa le cadre en inox posé au côté de la machine à écrire, il sourit tendrement devant la photo de sa chère épouse, Anaïs et de son fils Quentin pendant leurs vacances en Ardèche.

L’inspecteur en chef John Serling ressemblait à un ours, 2 mètres, large comme un buffet campagnard. A 32 ans, il était heureux.

Né aux États-Unis d’un père Américain et d’une mère Marseillaise. Il avait grandi au rythme des histoires policières que lui racontait son père, inspecteur dans le Bronx. Aussi souvent que possible, le petit Serling imaginait les futures aventures que lui raconterait son héros de père. John n’avait pas encore 10 ans quand une simple bagarre entre voisins, avait plombée à la chevrotine, le centre de la poitrine du paternel, explosant au passage la santé mentale de sa mère. A 10 ans, il se retrouva donc, à gérer la dépression et autres effets secondaires de maman Serling. L’enquête sur l’origine du coup de feu fatal piétinant allègrement, motiva le jeune garçon à suivre les traces de son père, il s’inscrit dès que possible à l’école de police. John n’avait pas le physique de son esprit, il ressemblait à un joueur de football américain et était doté d’un QI hors normes, ce qui lui permit de finir major de sa promo. A 21 ans, il embarqua mère et bagages pour le pays de ses ancêtres, la France.

Deux ans plus tard, John obtint son diplôme d’officier dans la police judiciaire française. Les trois années qui suivirent, il monta les grades sans que son pays de naissance ne soit un obstacle. Le grade d’inspecteur en chef avait été acquis grâce aux résultats excellents obtenus au cours des enquêtes qu’il avait mené. Il venait de rencontrer Émilie et son nouveau poste au service des homicides à caractères violent n’avait jamais entravé son bonheur. Puis il y avait tout juste quatre ans, Quentin déboula dans leur vie mettant la cerise sur le gâteau de l’extase.

Pourtant au même moment, il y avait tout juste quatre ans, la première victime, du moins les rares morceaux retrouvés sur la plage de l’Estaque, avait dégoûtée à vie, les deux braves pêcheurs qui se préparaient à leur traditionnelle pêche lunaire. Les restes du corps de Sophie Merez étaient éparpillés sur une centaine de mètres et son sang tachait le sable tout autour. Beaucoup de policiers avaient vomi en arrivant sur les lieux, mais John, malgré l’horreur, gardait son sang froid. Il ne voyait que le visage angélique de son fils né deux jours plus tôt, ce qui lui permit de prendre du recul.

A Suivre…

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