Chapitre « Les Marais Sinistres »

« Les Marais Sinistres, ressemblent en tout point à d’autres marais, seuls les noms à connotation de désespoir changent (les Marais Sombres, Les Marais du Tourment, de l’Angoisse, de Jean, de l’horreur…). Tous sont faits de longues bandes de terre grises, qui émergent d’une eau toute aussi grise, sous un ciel… Bin, maussade. La végétation distordue tente par de vains efforts, d’approcher l’hypothétique soleil nourricier. Toutes ces plantes, mousses, lichens, empoisonnées, déchirantes, carnivores s’accrochant les unes aux autres, se nourrissant les unes des autres, forment un dangereux labyrinthe ou la Mort rode partout… Oui, la Mort et qui dit mort, dit Vie… Et il y a un tel foisonnement de vie dans les Marais Sinistres que le silence n’y a pas sa place. Dans cette cacophonie d’insectes, de batraciens, de prédateurs, de proies, de crissements, d’agonie, de bruissements, feulement, hurlements, chuchotements … Un tel déchaînement de mort dans une survie quotidienne. Et bien, le silence, ne se fait pas entendre…

Ainsi, sont Les Marais Sinistres, et Darhn, s’en balançait comme de son premier rot. Ce géant de plus de deux mètres, large comme un buffle sauvage, souple comme un roseau, caché dans l’ombre parmi les ombres. Le cigare-barreau de chaise, visé au coin de la bouche, le bout mâchonné par le temps. Darhn ne semblait porter aucune attention à ce triste décor. Son regard sombre, ne regardait qu’une direction, comme montrée du doigt par un faible rayon de lune, la petite boursouflure de terre grise au centre d’une grande marre visqueuse, dépourvue de végétation, où la créature ronflait comme un bulldozer mal réglé…

Le léger froncement de sourcils, fût le seul signe perceptible pour montrer l’agacement de Darhn. Putain de Bouzgnards, Quête facile, qu’ils disaient… Ma fille …, Gna-gna-gna, pinte de bière…, grosse bête…, pitié…, gni-gni-gni, vapeur d’alcool…, gnan-gnan-gnan, Cents Rondelles ?…Besoin de tunes…, rot alcoolisé, ok ! C’est où ? Les enc…, un « putain de Chromophage »…

Au cours de sa carrière de Récupérateur, Darhn avait croisé des tonnes de saloperies qui ne pensent qu’à te bouffer. Des grosses, des petites, des vicieuses, mais elles te bouffent, point ! Là, c’est un putain de lézard, très rare certes, plus de deux mètres de haut, trois de long, plus la queue. Six pattes griffues. Couvert de plumes chromatophores, qui lui permettent de se fondre dans le décor, grave vicieux. Dépourvu d’yeux, il utilise un sonar pour se déplacer et repérer ses proies. Une mâchoire pourvue de centaines de petites dents tranchantes (même sur le palais et la langue), qui lui permettent de dévorer tes chaires très rapidement. Dangereux… Mais ! Un « putain de Chromophage » peut aussi, t’attraper, t’immobiliser, te pondre un fœtus dans le corps qui va absorber toutes tes couleurs et ta force vitale, jusqu’au trépas… Et ça, c’est si tu as de la chance. Si la chance est partie faire un tour dans le bordel du coin. Le petit Chromophage t’absorbe en partie mais tu survis, jusqu’à devenir un putain de spectre de toi-même. Tout blanc et complètement fou, pire que la mort… Le frissonnant souvenir des histoires que lui racontait son grand-père, ramena Darhn dans les Marrais sinistres.

Malgré les ronflements de l’horrible monstre et la cacophonie environnante, un faible gémissement se fit entendre derrière la masse endormie. Darhn, se déplaça lentement de quelques centimètres sur sa gauche, sans vibration dans l’air environnant. Il sait que le moindre son discordant du brouhaha quotidien des Marrais Sinistres, peut faire de lui un Zombie tout monochrome ou un casse-croûte ridicule… La créature ne bouge pas d’une plume. Le cigare passe de l’autre coté du trait qui sert de bouche, le regard se durcit. La frêle silhouette d’une jeune femme à demi vêtue, couchée sur le sol spongieux de la bosse de terre, apparaît dans le champ de vision de Darhn. Un sourire subtil se dessine une fraction de secondes sur son visage barbu, à la vue d’un sein en ce lieu maudit…

Depuis une bonne trentaine d’années, Darhn bourlinguait à travers le monde, loin des autres, très loin, surtout très loin des autres. Pas qu’il soit asocial, devant une bonne pinte, il devient ton meilleur ami. Et si tu as la cuisse grivoise, t’honorer ou te déshonorer (selon certains) fait aussi parti de sa tolérance des autres. La solitude lui évite seulement, énormément d’emmerdes. Et c’est son Monde ! Fait d’opportunités, de rapines, de récup’s dans les anciennes ruines, de tout ce qu’il lui tombe sous la main et se revend.

Il se qualifierait, s’il donnait plus de dix mots dans une conversation alcoolisée, entre deux pintes et deux bastons, de Survivaliste opportuniste. .. Qui s’en « bat les couilles » entendu dans une taverne, lors d’une de ses brèves visites en ville.

Les histoires de monstres, de trésors de l’ancien temps, de voyages fabuleux, racontés par son grand père, avaient forgés son imagination de petit garçon. Peu de temps avant sa naissance, la guerre de « La Grande Lumière », avait transformée le monde, en un fabuleux et dangereux terrain de jeu, pour qui en avait le courage et « les couilles… », Aussi entendu en taverne.

Au court de ses déplacements opportunistes, Darhn en avait pété des gueules, en avait fracassé du strum’s, des gros, des petits, des dangereux de toutes espèces, même des cons qui se pensaient plus fort, ou plus nombreux. Mais, jamais de Chromophage… Putain de Bouzgnards ! Des Pécores, bons à retourner la terre, les enc… ! M’enfin !

Perdu dans ses réflexions, il n’avait pas fait attention au changement de position de la bestiole. Elle s’était tournée sur son autre flanc. La reprise des ronflements, rassura Darhn qui jeta son sourire de coin, comme on jette une vieille capote. Une des choses qui permit à Darhn de survivre aussi longtemps, fût sa capacité à analyser la situation en un temps record. Et quelques grosses baffes dans la gueule, bien sur.

La jeune victime aux seins attirants, émit un autre gémissement léger, et sa tête roula sur le coté, annonçant son réveil et une tonne d’emmerdes pour notre bonhomme. Darhn enfoncé dans la vase, couvert de branche, invisible parmi l’invisible, non loin du Chromophage. De longues heures à observer, ont déjà dessinées un plan où chaque détail est gravé dans son cerveau encore embrumé de la veille. Putain d’Bouzgnards… Il sait ce qu’il doit et va faire dans les deux minutes qui vont suivre.

Il est paré pour l’imprévu, mais un « PUTAIN DE CHROMOPHAGE !» et cette conne à gros sein laiteux, commence à se réveiller… Merde, plus vraiment le temps de penser, il doit agir avant que la bestiole ne sorte de sa léthargie et ne commence à les trouver appétissant, ou fécondable, au choix. Il suit point par point l’itinéraire… de buissons vénéneux… en buissons carnivores… d’arbres distordus… en cailloux tranchants. Il avance inexorablement vers la paire de nichons. Sa main assure la prise de Géraldine, sa hache et fidèle trancheuse. S’arrêtant au moindre signe, ou bruit pouvant transformer son destin, Darhn n’est qu’à quelques mètres du bulldozer vivant. Quand son regard croise les yeux, bleu pénétrant de la donzelle en détresse. Souvent la Peur, peut changer de simples Bouzgnards en héros temporaires, mais elle peut aussi transformer une situation merdique, en très merdique. Le moment très merdique fût éviter de peu, par le doigt ganté de Darhn posé sur sa broussaille buccale et perpendiculaire au cigare, en un chut silencieux. La pauvre fille à tétons, eue la présence d’esprit de ne pas hurler à s’en décoller les oreilles et terminer cette histoire sur un gargouillis de digestion.

Comme un jeune puceau qui vient honorer ou déshonorer sa promise, dans le lit de ses beaux parents. Darhn enjambe doucement la queue du Chromophage endormi. Il se déplace doucement, calculant chaque pas, vers et sous les yeux terrifiés de Miss Panique. Plus qu’un mètre et le taf sera à moitié fait… Dans un petit craquement visqueux, le pied gauche botté de cuir de Darhn s’enfonce soudain, dans un truc gluant. Son regard descend vers la cage thoracique d’un précédant malheureux-chanceux, victime du monstre dévoreur de couleurs, qui le chausse jusqu’au mollet. D’un regard inquiet, Darhn ne constate aucun mouvement, mis à part ceux de la respiration toujours régulière du Chromophage… Lorsqu’il se retire, comme un invité indésirable de son accueillante chaussure. Le tintement reconnaissable parmi tant d’autres, d’une bourse bien pleine, fait revenir un léger sourire sur le visage barbu et buriné de Darhn.

La lourde bourse est déjà empochée et Darhn est déjà loin, quand la frêle jeune femme à la poitrine généreuse, ne comprenne ce qui vient de se passer et que ses cris de dépits ne soient couvert par un énorme gargouillis…. »

Zargol et Vagues souvenirs éthyliques…

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