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On y passe tous

Auto Psy

[Après relecture, je vais peaufiner et retravailler un peu mon idée de base.]

Secteur galactique 4-19-Δ
Vaisseau d’étude Qal’Tor Xénominis III
Cycle 7845, jour orbital 112, heure synchronisée 09:17:43
Rapport d’examen – spécimen ORB-BAS/321-H

Les doubles portes de la salle d’autopsie s’ouvrirent dans un soupir de vapeur stérile, comme si le vaisseau lui-même retenait son souffle. Le médecin-chef entra d’un pas mesuré, sa voix sèche et tranchante comme un verdict injustifié :

— Installez le sujet. Avec précaution. Respectez le protocole et ménagez la table… si elle prend un coup, je vous fais recycler…

Un silence tendu s’installa tandis que les préposés de caste inférieure s’exécutaient, gestes précis, presque mécaniques, et surtout craintifs. Le corps fut déposé sur la table d’acier moléculaire. Une lumière blanche pulsée baignait la pièce, accentuant la pâleur du drap mortuaire dans un silence quasi sacré.
L’assistante aux matériels se tenait déjà prête, alignant scalpels, sondes, écarteurs et, bien sûr, le bac de récupération — « pour ce qui ne rentrera plus dedans… », glissa-t-elle, déclenchant un rire que seuls les membres de sa caste pouvaient comprendre.
Un outil glissa du plateau, tombant au sol avec un tintement métallique sec et résonnant.

Le médecin ne leva même pas les yeux de son rapport :

— Ce qui est au sol est considéré perdu. Comme votre prime.
Grogna-t-il. Un frisson parcourut quelques échines dans l’assistance.

D’un claquement de langue, le médecin-chef activa l’enregistreur holo-protocolaire. Il se positionna devant la console médicale, sa voix grinçante dicta :

— Procédure d’examen n°44023-SD :

Spécimen non identifié, extraction environnement spatial. Analyse exhaustive.

Note de mise à jour complémentaire (NdMC) :
Sujet découvert dérivant près de la ceinture de Braghn, Secteur 43, non ouvert à l’exploration. Le transporteur d’analyse NER-25 automatisé l’a récupéré pour étude. Aucun signal de détresse ni balise active détectés. Aucun élément technologique notable sur le corps, hormis un assemblage textile rudimentaire et divers objets étranges dépourvus de valeur fonctionnelle. Présence de traces thermiques incohérentes avec la survie prolongée dans le vide.

Tel un chef d’orchestre installé derrière sa console, il lança :

— Maintenant…

Les lumières se tamisèrent automatiquement, des bips et blops rebondissaient contre les murs de la salle d’opération, annonçant le réveil des machines médicales. L’autopsie pouvait commencer, chacun connaissant son rôle.
L’assistante s’attela au couvre-derme. Avec une précision presque obsessionnelle, elle décrivit la texture singulière de la matière, surprenante par sa souplesse et sa résistance inhabituelle, bien que fragile à certains endroits.
Impossible à classer dans nos taxonomies, elle formait un réseau complexe de fibres, présentant une capacité d’auto-régénération inexplicable mais pourtant défaillante— défiant toute logique connue.

— La matière cutanée, martela-t-elle, ne répond ni aux stimuli habituels d’élasticité ni aux tests de déchirure. Comment un tel revêtement peut-il offrir à la fois souplesse et protection aussi aléatoire ?
s’interrogea-t-elle, visiblement gênée par l’énigme.

Le médecin-chef observa gravement les strates anatomiques révélées au fur et à mesure.

Lorsqu’ils découvrirent la boîte crânienne, la surprise fut plus vive encore :

— Coquille osseuse, certes, mais dépourvue d’anneaux de protection supplémentaires. Un pari incroyable. Imaginez un récipient fragile gardant ce qui ressemble au centre opérationnel, sans couche de sécurité ni doublure protectrice.

Deux yeux, strictement positionnés vers l’avant, sans système de vision périphérique ni arrière… un choix incompréhensible.

— Un système optique si limité, comment pouvaient-ils assurer une veille efficace ?
s’étonna le préposé en soupirant. On observe rarement une telle négligence quand la survie est en jeu.

La découpe révéla une masse encéphalique centrale compacte, mais sans relais périphériques : un point de défaillance unique rendant l’ensemble extrêmement vulnérable.

— Une singularité à ce point centralisée, un chef-d’œuvre d’orgueil biologique, remarqua l’assistante avec un sourire ironique.

Le thorax livra sa structure :

— Deux poches respiratoires. Système circulatoire fermé, fluide oxygéné rouge. Un système respiratoire aussi fragile relève de l’imprudence crasse, constata le médecin, posant un regard dur sur le dispositif. La redondance, ce concept simple et pourtant sacré qui sauve tant d’espèces, semble leur avoir été totalement étrangère…

Le cœur, évolutionnaire archaïque parmi la sophistication apparente, battait selon un rythme binaire, sans modulation.

— Une commande tout ou rien, par défaut ou arrêt total. Pas d’adaptation fine aux variations internes. Même leur moteur vital sait à peine fonctionner normalement, lut un préposé sur la console.

Un autre organe attira une attention prolongée :

— Son volume est déraisonnable pour ce genre d’organisme. Il ressemble à un filtre, expliqua l’assistante. Cela traduit une surcharge toxique chronique et… hum, je ne comprends pas à quoi…

— Filtre disproportionné pour cette taille, coupa le médecin. Soit ils consommaient absolument tout, soit ils vivaient dans un environnement saturé de toxines.

— Survivre à ses propres repas… voilà une discipline qui se perd, répondit-elle, regrettant son sourire. Le rire grinçant et bref du médecin la rassura légèrement.

L’examen des membres débuta :

— Quatre appendices, deux locomoteurs, deux manipulateurs. Bipédie fragile, déplacement instable, membres supérieurs polyvalents, mais l’ensemble manque de renforts essentiels.

— Les membres inférieurs ne servent qu’à avancer ou tomber. On dirait une passerelle mal fixée, qui persiste à tenir, nota l’un des préposés les plus téméraires.

— Le corps semble construit pour survivre à court terme plutôt que pour durer, conclut le médecin. Une architecture maladroite et obstinée, fonctionnant par miracles intermittents. Nature et technologie cohabitent dans une alliance à la fois surprenante et instable.

« Que diable est censée accomplir cette excroissance molle, vulnérable et extérieure au corps, constamment exposée aux agressions physiques et aux fluctuations de l’environnement — sans protection mécanique ? » demanda l’assistante, la voix neutre mais sceptique.

Le médecin-chef acquiesça lentement, l’air grave :

— Un organe vital placé hors de l’enveloppe principale, sans bouclier solide ni doublure. Une conception paradoxale, presque suicidaire d’un point de vue biologique et écologique.

Le préposé à la console nota :

— Leur reproduction dépend d’un contact physique direct, reposant autant sur le comportement social que sur la robustesse physique de ce module externe. Je suppose qu’il s’imbibe du fluide oxygéné rouge et que la reproduction se fait mécaniquement… enfin, je suppose…

L’assistante rougit légèrement, concluant avec un sourire ironique :

— Un « tout ou rien » biologique : soit la fonction est accomplie, soit elle est fatalement compromise.

— Un point faible évident dans cette structure fragile, murmura le médecin-chef en pianotant sur sa console.

Des zwig et blip emplissaient la salle, accompagnant la transmission instantanée aux cervo-médecins et à l’Encyclopédia XENO-289.

— J’aimerais savoir ce qui justifiait un tel pari, pensa à voix haute l’assistante, mi-amusée, mi-perplexe.

— Peut-être un excès de confiance… ou une méconnaissance de la gravité universelle et galactique, admit le médecin.

Un silence s’installa.

— Rien ici n’est fait pour durer. Tout semble fonctionner par miracle ou par entêtement.

Dans un chuintement asthmatique, la porte s’ouvrit brusquement. Un officier militaire entra, silhouette rigide, uniforme immaculé, regard sombre, voix contrôlée et directe :

— État du spécimen ? Niveau de menace biologique ? Intérêt tactique ?

Le médecin répondit posément :

— Menace organique insignifiante. Risque stratégique réel. Quand la survie dépend de l’invention, il faut s’attendre à l’imprévisible.

L’officier plissa ses quatre yeux, murmura dans son transpondeur, inaudible des préposés.

— Interaction préconisée ?

— Surveillance passive, aucun contact. La moindre incertitude exige l’élimination.

— Et si le doute persiste ?
Sourcilla-t-il.

Le médecin haussa les épaules, presque… reptilien :

— Engagement létal à distance. Changez de secteur si nécessaire. Pas de compromis avec les espèces imprévisibles.

L’officier hocha la tête, quitta la pièce. Le silence retomba, lourd et chargé.

Le médecin ôta lentement ses gants. Sous la lumière blanche, ses doigts se rétractèrent, révélant une surface translucide veiné de motifs lumineux, comme une énergie froide sous une couche cristalline fragile. L’assistante rangea les instruments, s’arrêta, jetant un regard presque admiratif au spécimen.

— Si vulnérables… et pourtant ils traversent l’espace. Ils n’auraient jamais tenu une génération chez nous.

L’assistante de classe 3 opina gravement :

— Leur monde doit être étrange, pour qu’un tel assemblage tienne plus d’un cycle solaire. Presque une farce cosmique… sauf qu’elle a duré.

Les portes se refermèrent. Le corps disparut dans le caisson de recyclage organique.

Dans le calme retrouvé, le rapport fut transmis au Commandement central, soutenu par les légers grrrzzzz de la console :

Rapport de fin d’examen – Spécimen ORB-BAS/321-H.
Longueur : 1,78 unité standard. Masse : 78,4.
Structure ostéo-cartilagineuse, revêtement souple, vascularisation ferrique.
Organes vitaux : redondance minimale, régénération faible.
Systèmes respiratoire et circulatoire interdépendants ; défaillance = arrêt en 240 secondes.
Activité neuronale complexe mais centralisée, pas de relais.
Comportement hautement social, survie collective.
Résilience physique basse, adaptabilité améliorée par l’outil et l’artefact.
Espèce : « Homo sapiens ». Origine : Secteur 6-DES-44, planète bleue (océanique), orbite trois.
État : extinction probable ou avancée.
Recommandation : éviter tout contact. Risque élevé d’altération idéologique et biologique.
Conclusion : improbable, mal conçus… et pourtant fascinants.

Le médecin-chef Zwor’g 246 de classe 1 resta un instant, face à la table métallique. Quatre pupilles verticales croisèrent leur reflet distordu, avant qu’un soupir fourbu ne se perde dans l’atmosphère recyclée de son bureau.

— Il faut croire que l’univers aime les histoires absurdes, murmura-t-il.

Le silence retomba, aussi complet qu’un point final sur une page de papier.

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