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Bureau d’accueil

Le Pacte...

Comme dans un rêve, une lueur vive, puissante, lui fit ouvrir les yeux. Ses oreilles sifflaient, un acouphène tenace lentement remplacé par une voix féminine, suave presque angélique à force de politesse. Un claquement de doigts le sortit de sa torpeur :

— Le catalogue est devant vous, Monsieur Nahoj. Revenons à nos moutons !!

Son rire cristallin chatouilla les oreilles du jeune homme.

— Alors, selon votre dossier, vous avez… hum… oui, voilà : 86 473 points… c’est un score vraiment… louable, sans mauvais jeu de mots…

Ses mots flottaient dans l’air comme un nuage de coton… Nahoj cligna des paupières. Face à lui, une très belle femme au sourire Marvis. Il n’arrivait pas à lui donner un âge défini, certains de ses gestes semblaient anciens, d’autres plus enfantins. Nahoj, restait perplexe. Sur sa toge d’un blanc immaculé, elle portait un badge de nacre où scintillait un nom :

…St Pétra : Porte-clefs en chef. Niveau 1…

À son cou, un pendentif, fait d’or, en forme de deux clés entrelacées brillait d’un éclat insoutenable. Elle pianotait sur un clavier de verre avec une dextérité, presque inhumaine. Des mots et des lettres flottaient devant ses yeux à une vitesse que Nahoj ne parvenaient pas à suivre. Au mur, une fresque murale représentait l’arrivée des élus aux portes des Champs-Élysées, mais Nahoj remarqua avec un certain malaise que les visages des anges ressemblaient tous étrangement à celui de Pétra.

Une brise légère, au parfum de pain chaud, lui caressa le visage, comme pour apaiser son angoisse naissante. Il crut percevoir une note plus sauvage, une odeur de pelage chaud et de poussière, comme si un animal s’était frotté contre ses chevilles un instant plus tôt. Le fauteuil sur lequel on l’avait installé était moelleux et il en appréciait le confort. Plongeant son regard aux yeux ambre dans les siens, jetant agréable un trouble dans tout son être, elle continua :

— Donc, votre dossier… Pour votre catégorie, je peux vous proposer de consulter la section « Réincarnations : Que choisir ? », de la page 350 à la page 870. Qu’en dite vous ?

Dans un mouvement aussi gracieux que le vent sur la plaine, elle s’était levée et en se dirigeant vers la porte :

— Je vais vous laisser réfléchir quelques instants. Je dois transmettre votre dossier au Bureau des Arrivées. Prenez votre temps, l’éternité nous appartient… Ricana-t-elle avec légèreté.

Au moment où le battant pivotait, Nahoj eut une vision fugace qui lui glaça le sang : derrière la porte ne s’étendaient pas Les Jardins Célestes, mais un open-space bleu vaporeux, infini, où des milliers de Pétra (même chignon parfait, même pendentif aux clés d’or) étaient alignés derrière des écrans plats, tamponnant des dossiers dans un silence de cathédrale industrielle.

La porte se referma, déclenchant une petite musique d’ascenseur, douce et sirupeuse. Nahoj, seul devant le grand bureau de marbre blanc, n’y comprenait rien. Il ne savait pas ce qu’il faisait ici. Il promena son regard autour de lui. La pièce était un défi à la logique architecturale : elle semblait minuscule, mais les meubles qui la décoraient, donnaient dans l’étrange. Pas celui qui fait peur, plutôt… Comme un malaise bienveillant… Du non-sens… Pensa le jeune homme circonspect…

Une pile de dossiers multicolores sur un guéridon victorien, un canapé en cuir des années 70… Rococo… Tout paraissait trop massif pour les murs. Des murs pastel qui, d’ailleurs, changeaient de teinte comme un écran de veille, oscillant entre le beige administratif et le bleu nuageux…

Il reporta son attention sur le catalogue. Sur la couverture de cuir blanc, un énorme sablier d’or et d’argent, semblait s’écouler en temps réel. Malgré son épaisseur biblique, le livre était d’une légèreté déconcertante. Il l’ouvrit, survola la préface intitulée « Bienvenue dans votre nouvelle opportunité » et chercha la section conseillée. Il tomba pile sur la page 350. Le chapitre s’intitulait : « La réincarnation : Les animaux : un nouveau départ ? ».

Nahoj commença à feuilleter les pages contenant de très nombreuses fiches techniques. Tout y était : mammifères, invertébrés, oiseaux tropicaux… vie végétale (voir section : n° 2021-1539)… Chaque espèce disposait d’une notice hyper détaillée sur ses avantages (vitesse, reproduction, habitat) et ses inconvénients (prédateurs, espérance de vie moyenne) et même des trucs qu’il n’avait jamais entendu.

— Tiens ? Saviez-vous que l’étoile de mer n’a pas de cerveau ?, truc de ouf, comme quelques-uns qu’il connaissait !! Marqua notre personnage d’un rire crétin…

Il lisait depuis une dizaine de minutes, les pages tournant presque d’elles-mêmes, quand une voix douce et rassurante résonna. Il ne voyait pas les haut-parleurs, s’il y en avait :

— Veuillez nous excuser pour la gêne occasionnée, Monsieur Nahoj. Ma collègue a un léger contretemps avec un dossier de 1944 qui vient d’être débloqué. En attendant, désirez-vous un rafraîchissement ? Nous venons de recevoir un arrivage d’ambroisie, millésime divin.

Nahoj n’eut pas le temps de répondre que dans un léger « krrr » de micro coupé, suivi d’un « pchhhhh » pneumatique, un verre de cristal rempli d’un liquide doré surgit d’une trappe, jusqu’ici invisible, dans le marbre du bureau. D’abord réticent, Nahoj sirota le nectar (qui avait étrangement le goût exact de son premier souvenir de vacances en famille), tout en parcourant le Divin catalogue. Par pure curiosité, il avança à la section des plantes.

— Pourquoi pas une plante d’appartement ? pensa-t-il avec un cynisme naissant. Au moins, on ne s’ennuie pas pendant la photosynthèse, toujours nourrie, bichonnée… Mouai ?!…

Il ne voulait surtout pas se précipiter. Le choix semblait définitif, une sorte de contrat à durée indéterminée pour sa vie d’après. Les minutes s’étirèrent lentement dans un silence ouaté, relaxant… Nahoj ne remarqua pas tout de suite la présence qui venait d’apparaître discrètement dans la pièce.

C’était un éphèbe au smoking blanc neige, dégageant une force intérieure bouillonnante. Ses cheveux noirs de jais encadraient un visage souriant à pleines dents d’un blanc miraculeux. Négligemment appuyé contre un mur éthéré, il planta son regard aux pupilles noires profondes dans celui de Nahoj.

Bien qu’attiré par la gente féminine, il ne put s’empêcher d’admirer le tentateur en smoking : il était charmant, vraiment beau, pas vraiment musclé dans son costume, mais Nahoj ressentait pour lui une attirance déconcertante.

— Salut, mec… Alors, mon cher, on trace son prochain avenir ?

Il se détacha du mur avec la souplesse d’un félin. Approchant du bureau, il y posa le bout de ses doigts aux ongles bien coupés, aussi noirs que ses cheveux, contrastant avec le marbre blanc du bureau. Aussitôt, la température de la pièce sembla augmenter. Lux’ s’assit sur le rebord du bureau, la jambe ballante, dégageant une nonchalance presque insultante.

— Ne fais pas attention au bouquin, c’est le truc officiel. Le Blabla habituel de notre père, pour compliquer le truc… Comme personne ne lit tout ça jusqu’au bout, tout ça est barbant.

Sa voix était faite de rouille et de sable, mais contrairement à ce que pensait Nahoj, pas du tout désagréable à l’oreille…

Nahoj referma le livre, faisant s’envoler un nuage de poussière dorée.

— Heu, vous… vous travaillez ici ?

L’inconnu magnifiquement bien fait, eut un sourire de vendeur de bateaux de luxe.

— Disons que je gère les affectations spéciales. Les cas intéressants. Comme vous, mon très cher ami. Lux’, c’est mon nom, j’en ai toute une tripotée, mais j’aime bien celui-là, pour vous servir. Il se releva, fit une légère révérence et reprit sa place devant notre protagoniste, sur le rebord du bureau. Nahoj fronça les sourcils, serrant nerveusement la couverture du livre.

— C’est… c’est mon dossier. Ma vie. Il y a un score, des règles. Il doit bien y avoir une logique ? Un sens à la vie ? Merde !!…

Lux’ éclata d’un rire cristallin, teinté d’un mépris poli, avant de reprendre :

— Le sens de la vie, Nahoj… C’est drôle comme vous, ses enfants, y tenez encore. Vous pensez vraiment que ce… Livre… contient une vérité ? Je te le redis, c’est du story-telling écrit par d’autres pour âmes en peine et bigots insatisfaits.

— Mais… et mes points alors, ma réincarnation ? À quoi ça sert tout ça ?

Lux’ ricana avec une tendresse que Nahoj ne pensait pas ressentir venant du sombre et mystérieux personnage.

— Vos 86 473 points ? Oh, seulement des contradictions absurdes… Un score de fidélité à une existence que vous n’avez même pas choisie. On te propose de revenir en « Premium » pour quoi faire ? Pour subir à nouveau le scénario d’un autre ? Pour ensuite, avec un nombre de chiffres adéquats, finir sur un banc confortable au fond des jardins de père ? Où encore revivre les galères quotidiennes ? Naaan !! Moi, ce que je te propose, c’est de tenir le stylo de ton histoire… Tu veux l’imagination pure, la création véritable, la vraie reconnaissance. Pourquoi être une plante verte fanée sur le balcon d’un inconnu, quand tu peux enfin en devenir l’architecte d’une nouvelle biographie ? … T’en penses quoi mon ami ? Chuchotait la sombre créature céleste dans l’esprit du jeune Nahoj…

— Mais, j’ai fait de bons choix ! rétorqua Nahoj, la voix trahissant une pointe d’agacement inapproprié. J’ai, j’ai aidé des gens, j’ai travaillé… J’ai… j’ai essayé de construire quelque chose de bien… Bégaya-t-il en baissant les yeux sur ses pieds.

— Fais-moi rire, tu n’as été qu’un figurant qui attendait son rappel, tu as procrastiné l’essentiel de ton temps. Quand as-tu commencé à écrire, à créer ? Le coupa calmement Lux’ en examinant ses ongles impeccables.

L’ambiance avait lentement changé. La pièce semblait moins lumineuse, plus tamisée. La musique chaleureuse s’était tue. Un frisson de gêne courut le long de l’échine de Nahoj, l’âme en peine tremblait…

— N’as-tu pas passé ton temps à attendre le « bon moment » pour produire quelque chose dont tu pourrais être fier ? Et devine quoi ? Le bon moment est une invention marketing du gars en costume… La vie n’est qu’une mauvaise pièce de théâtre où tout le monde improvise, mais où c’est toujours le même metteur en scène qui encaisse le pognon. Tu veux rester un spectateur de ta propre œuvre, Nahoj. Un figurant qui attendrait perpétuellement son rappel.

Troublé, Nahoj plongea les yeux dans le verre d’ambroisie.

— Et vous ? Vous proposez quoi ? Une autre pièce de théâtre, dans laquelle j’ai le rôle de l’Auguste ? Hein, c’est ça ?

Lux’ se pencha en douceur vers lui, son regard noir soudain plus acéré, presque magnétique. L’air autour de lui sembla vibrer. Une odeur d’allumette flottait autour de lui.

— Je te propose de déchirer le scénario et de tout réécrire sans aide extérieure. Tu as trois options, et crois-en moi, si j’étais toi je choisirais la troisième, moins… officielle… Mais, ce n’est que mon avis, c’est toi qui choisis…

Le ton employé contenait une pointe de tendresse mais Nahoj ressentit une forme de menace comme une page blanche qui aspire l’encre….

L’élégant provocateur se leva et commença à tourner autour de son pauvre interlocuteur. Il ne laissait pas de temps aux réponses de l’intéressé :

— Alors, très cher. Voici la première option, que ne va plus tarder à te proposer la concierge de luxe. C’est le « Premium » : un Paradis en kit, une éternité à chanter des psaumes dans un jardin tondu au millimètre par un golfeur fou. Une toute petite lobotomie joyeuse. Alléchante perspective, non ? susurra-t-il trop proche de l’oreille.

— Deuxième choix possible ? Dit-il. Si tu as cumulé assez de bons points et de jolies images, tu as le droit à un autre tour de manège… Avec de la chance, tu recommences ; Star du Rock, ou au pire morpion oublié sur celle-ci…

Le fou rire contenu de Nahoj encouragea Lux’ à continuer sur sa lancée :

— Alors que moi, tu vois. Moi, je te propose une autre forme de retour, le désordre organique. La sensation pure. Une résurrection sans filet, où le Bien et le Mal ne sont plus des chaînes, mais des outils pour arriver à ton but.

Il rajouta :

— Tu es à la croisée des chemins, il ne tient qu’à toi de faire le bon choix… Je ne voudrais pas te presser…

— Mais, c’est… c’est immoral, murmura Nahoj sans grande conviction et une noueuse douleur imaginaire dans le ventre.

— Immoral ? Lux’ eut un rire grinçant, comme un carnassier trouvant enfin sa proie. La moralité, c’est ce qu’on invente quand on a peur de ses propres désirs. Ici, on ne choisit pas une destination, Nahoj, on choisit son intensité. Tu veux être une grenouille dans une forêt quelconque, ou tu veux vraiment taper sur le clavier, tenir le stylo, si tu préfères ?

Lux’ fit un geste vers le truc au sablier, le faisant glisser d’un pouce dédaigneux.

— Regarde-toi. Tu hésites encore. C’est ton plus grand talent ça : l’indécision. C’est pour ça que tu es ici, dans ce bureau. Je ne reviendrai pas sur le pourquoi et le comment tu t’es retrouvé ici, je te laisse la surprise… Mais sache que le purgatoire n’est pas vraiment une punition, c’est plutôt comme une salle d’attente pour ceux qui n’ont jamais réussi à ouvrir les portes de la « sordide, selon moi » volonté de père…

— Alors ? Es-tu OK pour prendre ta décision. Je t’offre le don d’ « écriture » !!!… Hein, pas dégueu…

Nahoj resta interdit. Le mot « écriture » résonna bizarrement dans la pièce, comme un écho venant de derrière l’écran de l’Auteur.

— Écrire ? Mais… je ne suis pas écrivain, même si j’en ai envie depuis que je suis petit…

— On l’est tous quand on refuse la réalité qu’on nous impose, murmura Lux’. Je t’offre le droit de ne plus subir l’absurde, mais de le créer. De transformer tes frustrations, tes colères en univers farfelus, voire débiles. Ha haha, c’est ça, le vrai pouvoir. Pas la débauche, pas le vice… Tout ça, c’est pour les amateurs. La vraie drogue, c’est de voir le monde prendre la forme de tes pensées. D’être enfin reconnu pour ce qui foisonne là-dedans.

Il tapota doucement la tempe de Nahoj.

— Alors ? Tu veux encore retourner dans ce catalogue des espèces, rangé entre le cafard et la fougère, ou tu penses passer de l’autre côté de mon miroir ? Là où l’on n’attend plus que le « bon moment » arrive, parce que c’est nous qui le décrétons ?…

Les deux énergumènes sursautèrent lorsque soudainement la porte s’ouvrit dans un souffle de jasmin et de café. Pétra revint, le regard lumineux. Elle jeta un coup d’œil en grimaçant à Lux’, lui adressa un geste de dédain, puis déposa devant Nahoj un dossier portant son nom en lettres d’argent :

— Ah, mer…cantile… pardon, je vois que vous avez fait la connaissance de… Lux’… »

Elle insista à peine sur le prénom, comme si le reste était inutile à préciser.

— Lux’… intervient, disons parfois pour… compliquer les choses. Mais ne vous inquiétez pas, vous avez toujours le dernier mot.

Souriait-elle d’un blanc porcelaine. Jetant un regard sombre au sombre jeune homme costardisé, qui lui répondit d’un discret doigt d’honneur aux ongles manucurés, elle continua :

— Bon, pour l’Orientation céleste… Mon cher Nahoj, nous vous proposons deux options : « Standard » et « Premium »… Votre dossier vous donne accès à plusieurs choix.

Lentement, elle exposa de sa voix au timbre engourdissant, douce comme de la soie, les deux voies possibles :

— Comme premier choix, vous avez la voie que quelques-uns prennent : La plénitude divine, les jardins du Paradis et surtout la Grâce de notre père… Vous avez obtenu assez de points pour y avoir droit.

Un petit silence tomba dans la pièce.

— Ou bien, votre deuxième possibilité : La résurrection « Premium » et tout le tralala, avec chœur angélique et choix entre les pages 350 et 870…

Nahoj déglutit, les yeux rivés sur la fiche.

— Donc… je peux vraiment… revenir ? ».

Les deux silhouettes angéliques se tenaient devant lui, parfaitement immobiles. Leurs présences remplissaient la pièce de deux atmosphères contradictoires : l’une administrative, lumineuse, avec contrat en triple exemplaire ; l’autre troublante, chaleureuse et légèrement illégale.

— Avec moi… Ce sera différent… Cette fois, c’était la voix de Lux’ qui vibrait en lui, comme un fond musical qui se glisse sous la peau.

Il fit un clin d’œil au catalogue, comme s’il en connaissait les petites lignes que personne d’autre ne lit jamais.

— Alors ? Chuchotait Sainte Pétra aux yeux d’ambre et envoûtants…

— Alors, ton choix ? Murmurait le ténébreux mais néanmoins séduisant Lux’ ou tout autre nom qu’il portait…

Nahoj…

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Poussant un soupir de dépit, L’Auteur fit reculer son fauteuil de bureau et se leva.

03 h 17… La nuit était fraîche…

Nahoj l’hésitant clignotait sur l’écran figé.

— Putain… toujours la même merde. Prendre pour sujet la Vie, la mort, le Paradis ou encore la Luxure… Classique mais…

Il alluma une clope euphorisante, l’air saturé d’une fumée bleutée.

— Nahoj, moi dans 20 ans, m’enfin j’espère plus… pensa-t-il. 86 473 points de conneries et deux vendeurs qui te promettent le bonheur en kit. Ils mentent tous les deux. Tu le sais ?

À ses pieds, sur le carrelage, Marley dormait, étalée de tout son long, masse de poils tigrés et marbrés totalement indifférente aux tourments de la création de l’Auteur. Plongée dans ses propres histoires félines.

L’Auteur la caressa d’un geste tendre. Seules ses moustaches vibrèrent, démontrant un plaisir non dissimulé.

— Toi au moins, t’as pas de dilemme. Tu manges, tu dors, tu ronronnes… Pas de Lux’, pas de secrétaire angélique, juste un présent continu…

L’Auteur fixa Nahoj, peut-être un personnage-miroir, qui clignotait toujours sur l’écran, toujours immobile. Attendant si l’Auteur allait lui faire signer le « PACTE »…

— Le purgatoire, c’est la vie, mon pote. Un truc subi mais pourtant si riche d’aventures, de bonheurs et autres trucs plus ou moins palpitants. Mais j’y tiens… Murmura l’Auteur à son personnage indécis…

D’un clic décidé, il tapota sur le clavier une chute à son délire Méta :

« Nahoj referma le catalogue. Les silhouettes s’effacèrent. Lux s’était éclipsé comme il était apparu, en silence. La pièce redevint neutre, les couleurs pastel se fixèrent sur un « blanc purgatorial ».

Un tampon apparut sur le dossier : « Reporté – Réexamen dans 17 ans, 3 mois, 14 jours (sauf si départ précipité) ». I

Il se leva, se dirihea vers le couloir pastel. La porte s’ouvrit sur… les mêmes bureaux, le même catalogue, la même Pétra…à l’infini…

— Suivant ! claironna une autre gardienne de clés… Nahoj haussa les épaules, la musique d’ascenseur redémarra… »…

« Fin, enfin… »

L’Auteur, épuisé, relut son texte. Sauvegarda, le posta sur son blog :

« Le Pacte »

Il écrasa sa tasse de café, but sa cigarette rigolote, éteignit le chat et caressa l’écran.

— Le vrai enfer, c’est d’écrire une histoire cohérente et intéressante…. Arf, j’aurais essayé… Bailla à s’en décrocher les neurones, l’Auteur, avant d’aller se coucher…

Marley ronflait dans la pénombre, sa fourrure marbrée s’agitant au rythme d’un rêve sans catalogue ni choix…

04 h 12…