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Fidélité

D'amooooour !!!

Lorsque je sentis les premiers signes de son réveil, mon cœur s’emballa. Il grommela, comme à son habitude, un truc incompréhensible. Je me blottis contre lui, échangeant notre chaleur corporelle avec un plaisir infini. Ses gestes matinaux étaient le plus délicieux des cadeaux qu’il pouvait m’offrir.

Il sortit du lit, toussa les pétards de la veille. Les premiers gestes naturels de tout homme au réveil sont rythmés par un grattage de couilles et l’évacuation d’une vessie surchargée. Comme toujours, les premiers rituels expédiés, il se dirigea vers le coin cuisine.

La préparation du petit-déjeuner se déroula sous ses mots doux, prononcés d’une voix tendre. Je frétillais d’impatience et de peur, sachant qu’il devait partir pour la journée. Le petit-déjeuner englouti, pour lui comme pour moi, permit encore un peu de tendresse avant son départ déchirant. Je déambulais dans l’appartement, attendant qu’il en ait fini avec la douche.

Le moment fatidique arriva plus vite que prévu. Habillé, nourri, il me fit un « au revoir » digne d’une princesse. Les mots rassurants sur son retour dans la soirée me faisaient l’effet d’une aiguille dans le cœur. La honte me rattrapa lorsque je me surpris à l’appeler à travers la porte. J’étais folle de lui : il est mpn être cher, mon dieu, mon maître. Je suis complètement dépendante de lui. Un vrai plaisir.

Je criais toujours face à cette putain de porte. Espérant quoi ? Qu’il fasse demi-tour ? Qu’il risque notre seul moyen de subsistance ? Non. Je devais être patiente, comme chaque jour. J’entendis la porte de l’immeuble claquer, un coup sec et déchirant, me laissant seule avec ma solitude. La matinée se déroula lentement, sans aucune visite. L’ennui me poussa à me recoucher.

Vers midi, une idée sotte titilla mon esprit. Et s’il était parti pour toujours ? Et s’il en avait trouvé une autre — ou un autre, pourquoi pas ? Je ruminais ainsi pendant une bonne heure, guettant à chaque instant sa potentielle arrivée imprévue. C’était déjà arrivé : un souci au travail et le voilà revenu plus tôt que prévu, pour mon plus grand bonheur. J’aime les surprises, c’est tellement excitant. Mais, pour mon malheur, la journée fut longue. Très longue.

L’idée saugrenue revint hanter mon esprit en milieu d’après-midi. Elle prenait de plus en plus de place. Impossible, il m’aime autant que je l’aime, c’est sûr. J’avais beau changer d’endroit dans le petit appartement — du canapé au lit, de la chaise au bureau — rien n’y faisait. L’idée empoisonnée ne me laissait pas en paix.

Je m’impatientais de plus en plus. Je shootais dans un truc au sol, puis dans un autre, jouais avec un fil pour occuper les secondes qui s’écoulaient au ralenti. Imaginant le pire comme le pire. Passant le temps du mieux que je pouvais, repoussant avec force toutes pensées gênantes. L’attente fut longue, très longue. C’est comme ça : il me manque. Les autres hommes n’ont aucun pouvoir sur moi. Seulement lui, rien que lui, et pour toujours.

Le soir tomba enfin, annonçant son probable retour-incessamment-sous-peu…

Je dormais légèrement d’une énième sieste réparatrice lorsqu’un instinct ancestral me réveilla brusquement. J’avais senti sa présence dans le hall de notre domicile. L’air portait déjà son odeur familière, rassurante. Il était rentré — aucune escapade infidèle. Je suis heureuse, mon homme est de retour. Mon corps vibra de plaisir à l’annonce de ses caresses. La promesse de son amour pour moi accéléra en même temps que la montée de l’ascenseur, trop lente. Le bruit des clés dans la serrure confirma ce que je savais déjà. Je suis folle de lui. À en mourir, s’il le fallait.

L’amour et la faim me firent frotter mon corps contre ses jambes en mouvement, affairé à préparer mes croquettes. Je l’aime. Un ronronnement jaillit de ma gorge lorsqu’il me prit dans ses bras, caressant le sommet de ma tête avec toute la tendresse que je lui reconnaissais. Il déposa le sac plastique, puis un baiser humide sur ma truffe tout aussi humide, qu’il tenait d’une main sur le plan de travail de la cuisine. Je l’adore. Sa voix merveilleuse murmura un doux :

« Ça va ma beauté ? Hein Marley ? Oui, mon chat, attends un peu, je vais te donner à manger… »

« Miaou, miaou. Mahou, miaou… »

Marley, chatte bien heureuse…