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Le bruit des bottes

En caoutchouc...

Toute la journée, la nature avait déchaîné sa colère sur la petite ferme familiale. Arrachant arbres et clôtures. Secouant les toits et les murs.

La vallée n’avait pas connu autant de courroux depuis une bonne vingtaine d’années. Le ciel avait déversé l’inaction météorologique à grands seaux sur la région. En fin d’après-midi, la pluie après avoir fait déborder le ruisseau mitoyen et inondé une grosse partie des terres environnantes, épuisa lentement ses réserves cumulonimbées, . La terre, gorgée d’eau, exhalait une forte odeur de mucus et de boue.

Un soleil apathique finit par pointer ses rayons, réchauffant l’air ambiant petit à petit. L’astre ineffable termina sa course et déclina sur la ferme de la famille Glèbe, étirant les ombres des pommiers sur la terre spongieuse. Le calme, après la tempête, étira son aura sur les champs et villages alentour.

Quatre silhouettes se découpaient dans la lumière descendante, réunies sous le couvert d’un vieux saule pleureur ancestral aux racines solidement ancrées, qui bordait les prés. Elles s’étaient réfugiées là au début de la bataille céleste.

Une très belle vache Montbéliarde, à la robe pie rouge, mâchant nonchalamment une lippée de trèfle, tourna ses yeux globuleux vers ses camarades herbivores. Le panache de sa queue balayait l’air chargé d’humidité, en un réflexe instinctif de chasse-mouches :

— Meuh !! Mes amis, sentez ce rythme qui approche… « Flap-flop, flap-flop ». Mmmeuh… Le Grand-Deux-Pattes vient vers nous… Meuah t’elle…intriguée…

Toutes regardèrent en direction du Grand-Deux-Pattes qui venait de stopper devant la barrière cassée par l’orage.

Couché sur le dos dans la boue fraîchement créée, un cochon bien gras et tout rose, grouica de satisfaction. Il roula sur le côté et renifla dans la direction indiqué…

— Le grand souffle, grouic… était en colère aujourd’hui, l’arb’-à-glands, grouic… a finit par céder… Dommage… J’aimais bien ses fruits… Grouica t’il pour lui-même…

Le bec enfoncé dans la gadoue, farfouillant à la recherche d’un succulent verre de terre. Une fastueuse et très fière poule Cochin secoua son plumage immaculé…Elle pencha la tête de biais et fixa des son œil rond le maître des lieux :

— Cooooot…Il vient distribuer, coooot, le bon grain d’or dans la cour ? Coooceta t’elle… Puis, retournant à ses affaires, sortit de terre un délicieux insecte fouisseur..

Appuyé nonchalamment contre le tronc du vieil arbre rescapé, un âne au pelage gris souris, ricanait de toutes ses dents. Il observait le désastre, les oreilles en mode attentif aux moindres « spouitch-spouoch ». Il ne ruminait pas, il ne grouicait pas, ne bataillait pas contre un quelconque scarabée. Il regardait simplement Le Grand-Deux-Pattes s’avancer péniblement dans le marécage qu’étaient devenues la terre de ses grands parents. D’un ton blasé mais lucide, il braima lentement, comme un murmure dans le vent :

— Hii… Ses bottes s’enfoncent… Haan !! La vase ne veut pas le lâcher. Hii… Il va finir par manquer de force… Haan !! Il n’est pas tout jeune et depuis que petit-lui est partit, nous le voyons décliner chaque jour… Il secoua lentement la tête…

Le bruit des bottes devint plus net : « Scritch-flop, scritch-flop ». Le vieux Georges, fermier de naissance, arrivait tant bien que mal, les bras chargés d’un lourd poteau de bois et d’une boîte à outils qui pesait une tonne. Bien à l’abri dans la maison que son arrière grand-père avait bâti à la sueur de son front. Il s’attendait à beaucoup plus de dégâts. Il sourit au simple fait d’avoir douté de l’œuvre de ses ancêtres…

Son pied gauche resta englué dans la vase. Georges se démenait pour le garder au fond de sa botte de caoutchouc verte, usée par le temps et le labeur. Son dos voûté commençait à plier sous le poids du poteau. Il attrapa avec difficulté le bord de ce qu’il restait de la barrière qui menait aux champs, cherchant à se redresser.

La coquette ruminante trotta rapidement dans sa direction, la boue ne lui posait guère de problèmes, vivre en plein air est revigorant. Le battement de son panache accompagna son meuglement :

— Meuuuh ! Venez, arrêtons de simplement regarder ! Ses compagnons sourirent de toutes leurs dents, tous en même temps, sauf la poulette… Mmmmeuh ! dit-elle. Mes épaules sont larges, je pourrais maintenir le montant de la barrière pendant qu’il répare le verrou. Mmmmeuh !

Pataugeant avec aisance derrière elle, le groumant* cochon grouica pour tous :

— Grouic !! Mon groin est puissant… Rrrrooorooon !! Ricana-t-il… Je peux tasser la terre autour des poteaux. Grouic, grouic… Je suis un expert pour creuser et trouver du bon à manger…

La poule hyper active sautait des branches tombées au sol, arrachées par les vents, aux cailloux déposés par le temps. Ses ailes atrophiées battant l’air comme pour arriver en premier. Elle caqueta à pleine gorge :

— Coootcooo !! Poussez-vous ! Laissez moi passer Cooooo !! Elle ne souriait toujours pas, mais elle était là. Cootcooot… Je vais rattraper les petits objets tombés par terre… Oh un morceau de pomme ?! Remarqua-t-elle, non loin de là…

Quittant le confort du vieil arbre parasol, l’âne galopa vivement vers le Grand-Deux-Pattes qui n’arrivait pas à coordonner ses mouvements entravés par le poids des âges et la charge supplémentaire qu’il transportait. Il poussa son plus long « hi-han » de ralliement en direction de ses camarades de pâtures :

— Hii… Belle-Taches, cale toi contre son dos ! Haann !! Gros-nez, fouille un trou pour glisser la barre marron !! Hii, Haan !! Petite-tête, ramasse toutes les petites choses tombées de la boîte rouge…Vite !!! Hi-han, hi-han !!!…

Georges vacillait lentement, comme si même le temps s’était arrêté et retenait son souffle. Sa botte gauche, aspirée par la vase, refusait toujours de le suivre. Le lourd et rugueux rondin glissait inexorablement de son épaule, menaçant à tout moment de l’entraîner dans la fange. Il se pensa perdu, fatigué par l’effort, il se voyait abandonné et ne devenir qu’un titre de fait divers.

Quand soudainement, sans qu’il ne s’y attende, un miracle se produisit, en un éclair de solidarité brute, bestial… Le vieux Georges n’avait jamais vu ce qu’il se produisit… Il n’eut que le temps de pousser un « Non-Dou-Diou… » de surprise…

Sa « Violette», dernière de ses vaches, fut la première à foncer vers lui : d’un coup de flanc chaleureux, avec une douceur qu’il n’avait vue chez elle. Elle se cala contre son épaule, transformant son corps gracieux de Montbéliarde en un étai inébranlable. Le fermier ne tomba pas ; il s’y appuya, interdit, contre cette forve animale.

Au même instant, le cochon « Jambon » (cela avait fait rire son fils avant son départ en ville, ironisa intérieurement Georges), plongea son groin dans la vase. En trois coups de boutoir méthodiques, tels ses ancêtres sauvages, il dégagea la botte en caoutchouc de Georges, tassant de son poids la terre alentour pour lui offrir un sol ferme où reposer son pied.

Avant même que Georges ne puisse reprendre son souffle, « Anselme » son vieux bourricot, compagnon de toujours, se glissa de l’autre côté. Sans un bruit, il vint placer son encolure sous le bras libre du vieil homme, récupérant au passage le poids de la boîte à outils qui échappait à sa poigne. Il donna un violent coup de sabot dans le tronc de l’arbre tombé qui obstruait l’ouverture complète de la barrière. Emporté par son poids, celui-ci glissa sur le coté avant de rouler, dans des craquements de branches vers le ruisseau en bas de la pente. Il laissait sur son chemin moult glands qui feraient le bonheur des opportunistes.

Georges remarqua un mouvement sporadique à ses pieds, un éclair blanc courant dans tout les sens, La petite « Miette » qu’il avait nommée ainsi pour sa capacité à manger tout ce qui traînait par terre, rassemblait dans son bec, tous les clous et vis qui commençaient à s’enfoncer dans la gadoue formée par l’orage.

Elle ne souriait toujours pas de toutes ses dents, mais elle était là.

Georges resta pétrifié. Le poids avait disparu. La boue ne le retenait plus. Il était porté, soutenu, encerclé par une intelligence qu’il n’avait jamais soupçonnée en soixante ans de métier. Une fois sa tache effectuée avec minutie, elle sauta sur le montant de la barrière cassée, inclina la tête et fixa de son oeil rond le vieux Georges avec curiosité. Comme si, elle attendait quelque chose, pensa le vieil homme… L’instant de surprise passé, il murmura, avec une forme d’incompréhension :

— Mais… Vous… vous m’aidez ? Vous êtes vraiment en train de m’aider ? Non-dou-diou !!…

Les quatre bêtes le regardaient avec attention, et il décela dans leurs yeux, ce qu’il prit pour de la sympathie, voir de… l’affection…Pas possible, se demanda-t-il, presque douloureusement…. Il eut du mal à contenir l’arrivée de larmes de joie, seule une petite goutte glissa le long des canaux de rides jusqu’à la pointe du vieux visage qu’était le sien.

Il ressentit une chaleur bienveillante se presser contre son dos, « Violette » continuait de se coller à lui, le soutenant à coup d’épaule doux mais ferme. Elle accentua sa pression et se plaça sous le coude de Georges. Le fermier, d’abord déstabilisé, sentit la chaleur de l’animal et, par réflexe, y reporta le poids de son corps fatigué. Le soulagement fut immédiat.

« Anselme » glissa la tête sous la main libre de l’homme comme une invitation à se décharger de la gravité inéluctable qui pesait sur lui.

Georges, les yeux écarquillés, finit par poser sa lourde caisse à outils sur le dos de l’âne.

Dans la boue de ce champ, le vieux dicton obsolète qui disait « Quatre pattes, c’est bien ; deux pattes, c’est mal » venait de s’effondrer. Aujourd’hui, les quatre pattes étaient là pour empêcher les deux dernières de sombrer.

La poule blanche, quant a elle, avait rassemblé toutes les pièces métalliques en de petits tas bien organisés, clous avec clous, vis triées par tailles. Elle engloutissait sans le quitter de son œil scrutateur, une pauvre libellule qui passait par là, attirée par la multitude de flaques éphémères,

Pour la première fois de sa vie de paysan ou du moins depuis très très longtemps, il n’était plus seul. Georges avait enfin trouvé du soutien, même si celui-ci n’avait rien d’habituel. Son fils ne voulait pas reprendre la ferme familiale. Sa belle-fille étant une fille-des-villes et Georges savait qu’il était facile de céder aux rêves citadins, qu’il se doutait que tout serait vendu à sa mort…

Parfois, seul, assis au coin du feu, sa pipe en bouche, il s’était posé la question de lui-aussi rejoindre le confort d’un immeuble de banlieue. Lisette, sa magnifique épouse qui l’avait quitté il y avait maintenant treize ans, n’aurait certainement pas aimé cette « idée idiote, comme toi, aurait-elle dit avec sagesse » Il pouffa intérieurement…

Le ciel sombrait de plus en plus dans l’obscurité, il était temps pour Georges de réparer la clôture endommagée. Il devait ensuite, ne pas oublier de nourri… de récompenser ses magnifiques amis. Il sourit en passant la main sur le dos d’« Anselme» qui frémit de bonheur. Il embrassa la truffe humide de la magnifique « Violette » qui fendait l’air de son chasse-mouches en signe de joie.

Il grattouilla la tête de « Jambon » qui poussa un grouic satisfait. Georges le bien-heureux cherchait du regard la petite cocote « Miette » afin de la remercier comme les trois autres, d’un quignon de pain tout sec, traînant dans ses poches. Il la repéra courant dans tous les sens, le bec plongé dans la boue, tel un brise-glace à la recherche de glands tombés dans la chute de l’arbre contre la clôture… Il sourit d’aise…

Les mains enfin libres devant la tâche à faire. Il calculait le point de départ de son travail. Sous son regard médusé, son cochon fouissait énergiquement à coups de groin pour dégager la boue séchant lentement au soleil couchant. « Jambon» creusait un trou assez profond pour y placer le nouveau poteau. Avec l’aide d« Anselme », son plus ancien compagnon, Georges fit basculer la poutre dans le trou ainsi labouré, en la faisant glisser le long de son épaule endolorie. La vache y appuya sa croupe pour soutenir l’objet de bois.

— Hii… Gros-nez, rebouche vite ton trou… Haan !! Le sage et calme bourricot poussa une succession de puissants « Hi-han » d’encouragements à son ami grassouillet… Georges sursauta d’inquiétude, instantanément calmé par la réaction de « Jambon » qui utilisait sa masse corporelle pour tasser la boue presque sèche autour du poteau.

La course folle de « Miette » autour du petit groupe hétéroclite déclencha le détecteur de mouvements au-dessus de la porte de la grange. Cet éclair de lumière vive aurait pu donner à un quelconque passant observant la ferme de fausses interprétations ; il aurait cru voir les prémices d’une rébellion de basse-cour, une de ces révoltes où les bêtes dissidentes finissent par chasser le vieil agriculteur.

Mais ce qui se tramait dans le silence de la nuit tombante était bien plus subversif : un pacte secret où le bétail refusait de laisser leur vieux Grand-Deux-Pattes s’effondrer. Juste de l’aide bienveillante, rien de plus, rien de moins…

Comme s’il savait quoi faire « Anselme » mordit de ses grandes dents, la planche cassée et vint la placer contre la poutre droite. Georges resta quelques secondes complètement abasourdit par le miracle auquel il assistait. Un léger vent du sud souffla sur le groupe, chassant un peu de l’humidité de la journée de pluie.

Il sentait toujours contre son dos, la chaleur bienfaitrice du corps de « Violette » et les mouvements rassurant de la rumination. Celle-ci poussa un bref un bref meuglement :

— Moueuh !!! Hé, Petite-tête, viens ici immédiatement….meuhhh … L’interpellée secoua la tête de droite et de gauche et fendit l’air et la cour, comme si elle était pourchassée par divers prédateurs.

En un instant « Miette » picora quatre clous et se percha sur le dos d’« Anselme ». Un Georges incrédule tendit la main et elle y déposa les tiges d’acier. Il grogna de plaisir un petit :

— Cré-vin-diou ! M’rci ma poulette… Elle le regardait de côté, secoua sa crête, une petite peau rouge clair posée sur le dessus de la tête et fila comme une flèche vers d’autres aventures culinaires.

— Hii ! Gros-nez ach’rape le mach’in pour ch’taper. Han !! Lui indiqua, son compagnon aux grandes oreilles, la bouche en étau sur la planche. Celui-ci esquissa et plongea la truffe comme on cherche des groins, dans la caisse à outils déposée là par Belle-Taches.

Le vieil homme tendit la main et attrapa son vieux marteau. Il lança un clin d’œil complice à « Jambon ». Il ajouta simplement quelques mots doux à l’oreille de Gros-nez…

— Bin, maintenant tu seras « Jambon le Grand »… Mouai, voila !!… En fait, je vais vous donner à tou(te)s, de nouveaux noms pleins de grandeur… pour toujours.

Georges satisfait, secoua la planche et le poteau pour vérifier la solidité de son… M’enfin, de leur œuvre, pensa-t-il joyeusement.

Le travail, qui aurait dû prendre des heures d’une lutte solitaire dans le froid et l’humidité, fut plié en quelques minutes de gestes coordonnés.

Le soleil n’était plus qu’une ligne pourpre derrière les collines. Le ciel dégagé dévoilait aux yeux de tous, la splendeur des étoiles. Avec l’aide de ses amis pour s’extraire du bourbier, Georges s’assit lourdement sur la plus haute marche de son perron, il se déchaussa et déposa ses bottes en caoutchouc sur le bois noirci par les passages. D’habitude, à cette heure, il avait les reins en compote.

Mais ce soir, il se sentait léger, serein. Il regardait ses animaux qui se tenaient devant lui. Il sortit sa pipe et la poche à tabac de sa salopette bleue délavée par le temps.

Le nuage de la vieille herbe-à-Nicot qu’il était le seul à fumer depuis longtemps, s’effilocha avant de se perdre dans la nuit. La vie nocturne reprenait ses droits, stridulements d’insectes, croassements de batraciens, enchantaient l’obscurité, pour les oreilles attentives.

En souriant…

— On aurait dit… une équipe… vne vraie… Sainte nature !… Qu’es-ce qui c’est passé ? Hein ?. Demanda-t-il dans leur direction. S’attendait-il à une réponse ?

L’ingénieux baudet, la coquette vachette, le costaud porcinet et, il chercha du regard, le frénétique gallinacé…

Georges sortit un vieux couteau pour peler une pomme restée là pendant la colère des dieux du vent et de la foudre.

Aussitôt, « Violette La Belle» s’approcha du vieux Grand-Deux-Pattes, son museau humide humant l’air frais. À ses côtés, « Anselme Le Sage» attendait, simplement présent, comme un ami plein de discernement. « Jambon Le Grand » se coucha, dans une flaque beaucoup trop petite pour lui, au pied du perron, grognant de contentement en sentant la main de Georges lui grattouiller l’oreille.

Ce n’était plus un geste d’éleveur, d’un homme rude, c’était un remerciement entre partenaires. Sur l’instant, Il n’avait pas remarqué la présence d’une magnifique volaille au plumage d’un blanc immaculé. Recroquevillée prêt de lui, elle somnolait après une journée d’hyper-activité.

— Et toi, douce « Miette »… Il réfléchit une seconde et se prononça : « Miette La Douce » voila donc ton nouveau nom. Il ne reçu qu’un « coooot !! » endormi comme simple réponse.

Après avoir déposé quatre morceau de pomme, équitablement distribués. Georges regarda sa ferme. Les clôtures étaient droites, les mangeoires pleines, et il ne voyait plus des bêtes de somme, mais les gardiens d’un équilibre fragile. L’âme du lieu avait changé…

Ensembles, ils restèrent une petite partie de la nuit, sans un mot, à contempler la voûte étoilée, au son du la symphonie nocturne. Chacun rejoins petit à petit ou sa paille, ou son perchoir. Georges fût le dernier à fermer sa porte.

Le lendemain matin, lorsqu’il enfila ses bottes sur le péron, le son changea. Ce n’était plus le plastique lourd qui traîne la fatigue, mais un rebond léger sur le gravier du chemin, séché par le soleil matinal. « Ploc, ploc, ploc » faisaient-elles… Un rythme de marche, presque une danse enivrante.

En sortant dans la cour, il ne cria pas pour rassembler le troupeau. Il attendit simplement. Et un à un, ils arrivèrent : la vache, l’âne, le cochon et la poule. Dans cette ferme, on n’entendait plus le cri du fermier ou la plainte de la bête. On n’entendait plus que le bruit des bottes… en caoutchouc, qui marchaient désormais au même pas que les sabots, vers un horizon partagé.

Il souriait à pleines dents, légèrement jaunies par le tabac et le café. L’âne souriait de ses dents verdies par le bon foin. La vache ruminait de toutes ses dents. Le cochon grouicait de ses dents du bonheur. La poule souriait sans ses dents…

— Aujourd’hui est un jour nouveau, annonça Georges avec sérieux… J’ai décidé, pour vous rendre honneur et vous remercier du miracle que je peine encore à comprendre… Il laissa le suspense planer… J’ai décidé de renommer aussi ma ferme… Les quatre le regardaient avec patience, ils semblaient comprendre ce que leur disait le Grand-Deux-Pattes

— « LA FERME DES ANIMAUX » cria-t-il avec joie… Vous en pensez quoi ?? Dou-Diou !!…

*NDLA : un mélange de gourmand et grognant

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