Dans l'ombre de la lumiere
À 8340 km de là, dans une cave obscure de Novyy-Sibéria, une trentaine d’écrans d’un autre temps montraient trente explosions synchronisées dans les centres administratifs du monde entier. Sur l’écran central, la finale du Kill Painter était partie en fumée.
Borislava, une jeune Japo-indonésienne de 22 ans, au charme évident, pianotait avec l’agilité d’un pianiste du 18ème siècle sur un clavier mécanique. La petite lampe posée à côté d’elle clignota au passage d’un transporteur lourd.
« C’est le signal… » dit-elle avec entrain à son compagnon silencieusement installé sur le canapé derrière elle.
Il leva les yeux de son Holotab’ vers la panoplie d’écrans cathodiques. Pierre sourit à pleines dents, mettant en évidence son magnétisme venant d’une culture ancienne : le charme français…sourit-elle. Il déposa un tendre baiser humide sur le front de sa femme.
« Préviens les autres. Je vais voir comment ça se passe dans les rues. Si tu as des nouvelles, envoie-moi un message. Je reste joignable… Je t’aime », dit-il en quittant leur sanctuaire. Elle acquiesça et sourit lorsque la porte blindée se referma sur son amour d’enfance. Puis tapa le code général : **** MELEPASKAN**** (Libération, dans la langue de son père).
Les écrans s’animèrent. Trente visages souriants, voire extatiques, apparurent un à un sur le patchwork cathodique.
Des hommes et des femmes de tous âges, réunis pour la même raison, la vengeance… Une cacophonie de liesse, de rire-pleurs, de joies inondèrent la petite cave mal éclairée. Borislava ne dit mot pendant quelques minutes, elle ne voulait pas gâcher leur joie. Les jambes croisées sur son siège à roulettes, elle tenait serrée dans ses mains une tasse métallique d’un thé parfumé. La jeune femme promenait son regard d’écrans à visages de bonheur. Un frisson d’allégresse parcourut toute la hauteur de son dos. Des voix crachées par les haut-parleurs antiques lancèrent dans un ensemble parfaitement synchronisé des commentaires enjoués :
« Novyy-Sibéria, c’est fait ! Nous sommes entrés dans le game ! Ici Nouvelle-Pacific, chaos dans les rues…» beugla un colosse barbu à la peau aimée par le soleil. Un ornement tribal, tatoué sur la moitié du visage comme un hommage à ses ancêtres.
« Cincinnati confirme. Les archives sont détruites ! » ricana une vieille femme, le rire et les larmes mélangés sur ses joues. Son maquillage maladroit coulait, effaçant le masque qu’elle avait porté pendant des années.
Les confirmations venant du monde entier satisfirent la jeune femme. Elle fit un signe de main en direction de l’œil fendue de la webcam, pour mettre fin à la symphonie du Bonheur. Le silence respectueux et l’attention de ses compatriotes se firent presque instantanément. Les écrans scintillaient, aux rythmes des explosions qui résonnaient dans le lointain.
« Mes ami(e)s, mes sœurs et mes frères. Chacun de nous a vécu son calvaire avec une force qui vous honore. À chacun son frère, sa sœur, son fils broyé par le système. Modifiés génétiquement jusqu’à l’os. Dopés jusqu’à l’âme. Jetés comme des Kleenex une fois le spectacle fini. MORT AU KILL-PAINTER ! MORT AUX JEUX !!» hurla-t-elle avec conviction et presque rage Jubilatoire…
Les poings retombèrent doucement, comme si la gravité elle-même venait de se rappeler à eux. Les respirations restèrent lourdes, chargées d’adrénaline et de larmes séchées. Dans la cave, l’odeur du thé parfumé se mélangeait à celle de la poussière, des câbles chauffés et de la sueur des justes.
Borislava posa sa tasse métallique sur le bord du bureau. Le tintement sec résonna plus fort qu’explosions et cris dans sa tête. Elle inspira profondément, puis esquissa un sourire fatigué.
— Bon… mes ami(e)s, sœurs, frères, dit-elle en articulant chaque mot, on ne va pas se mentir : pour l’instant, on a gagné la première manche mais le jeu, ne fais que commencer.
Un souffle de rire nerveux, presque gêné, parcourut le mur d’écrans. Certains hochaient la tête, d’autres essuyaient leurs joues mouillées, comme surpris d’avoir encore de l’eau dans le corps après tant d’années à se dessécher, à cracher leurs désespoirs devant les Holécrans omniprésent.
— Nouvelle-Pacific, vous avez tenu les communications ? demanda-t-elle.
Sur un écran, le colosse barbu au tatouage tribal renifla, l’air soudain plus sérieux.
— Ouais, hoa aloha. Les relais ont sauté comme prévu. Plus de flux officiel sur la moitié de la Suprapole Huahine. Les gens ne voient que ce que les drones locaux ont pu choper. Et ce qu’on a piraté. Pour le moment.
— Pour le moment…hum…, répéta Borislava, la voix plus basse. Cincinnati ?
Tchiiii ! La vieille femme au visage tremblant gloussa, un rire sec qui sonnait comme un vieux fauteuil qu’on replie.
— La tour Administrative Ouest est à nous, mon enfant, « Crrrr ». Les serveurs brûlent. Les archives aussi. Les drones de surveillance « Crrr » tournent en boucle sur des images statiques. On a même remplacé le logo de la Coalition par un vieux smiley jaune. Je crois que c’est ce qu’on appelle un bon début « Crrr ».
Quelques ricanements plus francs fusèrent. On entendit un « putain, Wouhou ! » étouffé, perdu dans le mix des micros saturés.
— Ce n’est qu’un début, corrigea doucement Borislava. Vous savez qu’ils vont se réveiller. Qu’ils vont hurler à la barbarie, au terrorisme, aux monstres. Qu’on va devenir les visages parfaits de la haine sur leurs Holécrans. Elle marqua une pause.
Sur un écran en haut à gauche, un jeune homme au crâne rasé, yeux cernés, serrait contre lui un maillot de Kill-Painter déchiré et taché d’auréole brunes. On distinguait un nom effacé à force d’avoir été frotté du bout des doigts.
— Mais au moins…, continua-t-elle, ils seront obligés d’avouer que ce monde n’est pas aussi propre que leur Vegan-Champ. Que leurs jeux ont des coulisses. Des cadavres. Des restes qu’on ne balaie pas sous un tapis holographique.
Un murmure approbateur répondit. Une femme murmura : « Pour Ilya, pour Akira… Pour tout nos mor…», sans allumer son micro. Comme une prière laïque.
Borislava jeta un regard rapide à la porte blindée. Toujours close. Pierre n’avait pas encore envoyé de message. Pas encore de petit bip rassurant sur le vieux boîtier de réception fixé au mur.
— On se reconnecte par vagues, ajouta-t-elle. Paquets courts. Pas de flux continu. Ils vont scanner tout ce qui dépasse. On ne leur fera pas ce cadeau-là. Elle pianota quelques secondes, ses doigts glissant avec une douceur presque tendre sur le clavier mécanique. Les écrans se réduisirent en mosaïque plus petite, les visages devenant des miniatures, des icônes vivantes prêtes à s’éteindre à tout moment.
— Coupez vos caméras. Gardez vos oreilles ouvertes. Vos têtes baissées. Et vos cœurs… pas trop sages, s’il vous plaît. Dit elle en parcourant des yeux le monde cathodique qu’elle et Pierre avaient mis longtemps à créer.
Un dernier sourire, un dernier « À bientôt » soufflé par plusieurs voix en même temps, puis un écran noir après l’autre replongèrent la jeune femme dans ses souvenirs douloureux. La cave retomba dans une semi-obscurité, rythmée seulement par le clignotement de la lampe, le bourdonnement fatigué des vieux tubes cathodiques et le battement trop rapide du cœur de Borislava.
Pierre, quant à lui, sentit d’abord le froid lancer l’assaut contre la chaleur de son corps.
Le couloir qui menait à la surface n’était qu’un boyau de béton mal isolé, percé de fissures où s’infiltraient les gémissements de la ville. À chacun de ses pas, sa respiration dessinait un petit nuage devant ses lèvres. Il posa la main gantée sur la rambarde métallique, couverte d’une légère couche de glace, et se surprit à sourire.
— Du pain et des jeux, hein…Vous voilà servi, bandes d’idiots. Pour toi, p’tit frère… marmonna-t-il pour lui-même, avec ce léger accent français que même les traducteurs automatiques n’avaient jamais réussi à lisser complètement.
La porte de service qui ouvrait sur la Suprapole céda dans un grincement douloureux. Un souffle glacé le frappa de plein fouet, chargé de poussière, de fumée et de quelque chose d’autre. Un mélange de plastique brûlé, d’ozone et de Syntho-viande carbonisée le fit grimacer.
Novyy-Sibéria, d’habitude noyée dans les néons agressifs et les pubs holographiques criardes pour la dernière boisson énergisante à base d’algues mutantes, clignotait maintenant comme un circuit surchauffé au bord de l’implosion. Des pans entiers du ciel numérique étaient noirs, d’autres buguaient sauvagement, figés sur une pub obscène pour un pack « Family-Kill-Painter Premium » : quatre abonnements pour le prix de trois, replay illimités des trépas les plus populaires, idéale pour rassembler la famille.
Les fils de pu…tois… Hum. Père… hurla-t-il intérieurement, les mâchoires serrées à lui faire mal.
Au centre, une explosion encore récente dessinait un champignon opaque sur le quartier administratif. Des drones de sécurité tournoyaient, paniqués, comme des mouches autour d’une carcasse pourrissante.
Pierre remonta son col, ajusta sa chapka rapiécée, s’assurant d’un geste mécanique que son Holotab’ trafiqué était bien accroché à sa ceinture. L’écran, en mode discret, affichait un simple indicateur de connexion : une petite barre verte clignotante.
— Toujours là, ma belle, souffla-t-il en caressant le bord du dispositif. On va leur montrer que le Frenchi obsolète sait encore cadrer une révolution.
Dans la rue, ça hurlait. Pas encore comme dans une émeute coordonnée, plutôt comme une masse à qui on vient de retirer une illusion, d’un coup sec. Des gens couraient vers l’explosion, d’autres en fuyaient, les bras sur la tête. Quelques-uns restaient immobiles, Holécran de poche à la main, cherchant désespérément un flux stable pour « comprendre ce qui se passait ».
Pierre s’arrêta devant une vitrine éventrée. Un écran fissuré pendait encore au bout d’un câble, diffusant en boucle une image tremblante : le stade de Néo-Moroco, vue aérienne, juste au moment où la première explosion avalait le Pacificator et soufflait une partie du terrain.
Un bandeau rouge courait en bas de l’écran : « ÉVÉNEMENT EXCEPTIONNEL – INCIDENT MAJEUR – RESTEZ CONNECTÉS POUR LA VÉRITÉ ». Les lettres clignotaient avec l’insistance d’un vendeur de tapis en fin de stock.
En encadré, en haut à droite, un petit rectangle montrait un zoom sur la loge gouvernementale éventrée. Une silhouette d’enfant, recroquevillée près d’un corps en armure Anti-Grav éventrée, avait été mise en pause, surlignée par un halo graphique bleu.
« LE JEUNE GÉNIE DU JET-PACK : JOSH AMADA EST-IL TOUJOURS EN VIE ? » titrait le commentaire. Juste en dessous, un autre bandeau plus discret : « PREMIER MINISTRE MONDIAL : SORT TOUJOURS INCONNU ».
« — Voilà, pensa Pierre. Ils n’ont même pas cité son nom, bordel de merde à cul. Le Pacificator de Tambacounda s’appelait Kofi, putain ! Un nom, une vie, un frère pour quelqu’un là-bas. Et non, c’est l’enfant sponsor qui pèse déjà plus lourd que le pion en chef. C’est beau, la hiérarchie des émotions à la con. »
Le son se réactiva tout seul, retrouvé par un algorithme résilient et un sursaut électrique :
« … nous ne disposons pas encore de toutes les informations, mais les premières sources officielles parlent d’un accident technique majeur impliquant des micro-missiles A.F.C. Les équipes de sécurité ont rapidement sécurisé la loge gouvernementale où se trouvaient notamment le Premier Ministre Mondial Abdoullah Ben’ Chorba et le jeune prodige industriel Josh Amada, héritier des systèmes de Jet-pack de compétition. Nous rappelons à nos chers citoyens du monde qu’il est primordial de prier pour leurs familles, de rester unis, et surtout de ne pas céder aux rumeurs terroristes… »
Un homme, à côté de lui, serrait son enfant contre lui. L’enfant, yeux agrandis, fixait l’écran fissuré.
— Papa, c’est le garçon du Jet-pack, là, celui qui avait son propre joueur ? Il est mort aussi ?
Le père eut un rictus incertain.
— Ils ne laisseront pas mourir une histoire pareille, fiston. Ils vont en faire un survivant miraculeux ou un martyr premium. Le Premier Ministre, lui… On en changera. C’est fait pour ça, ces gens-là.
Pierre se retint de rire. Le cynisme venait parfois d’endroits inespérés. Leurs regards se croisèrent dans un silence bafoué par le tumulte environnant.
Sur l’écran, déjà, un bandeau latéral proposait : « CE SOIR : DOCUMENTAIRE EXCLUSIF – “JOSH, L’ENFANT QUI POSSÉDAIT UN DIEU DU KILL PAINTER” – AVANT / PENDANT / APRÈS LA TRAGÉDIE ».
Son Holotab’ vibra. Un message de Borislava s’afficha en clair, sans chiffrement inutile entre eux :
« Alors ? »
Il leva le dispositif et activa la caméra frontale. Derrière lui, la rue, les gens, les drones, les flammes encore timides sortant d’une bouche d’aération.
— C’est beau, souffla-t-il. On dirait un début de liberté avec option promo. Le croupier vient de distribuer les cartes. Il enregistra quelques secondes de chaos brut. Un groupe de jeunes, casquettes fluorescentes, se prenait en selfie devant le panache noir, sourire jusqu’aux oreilles, en brandissant une canette de Soda-Protéiné. Un vieux vendeur de rations de survie « Hélios-Jaune », coincé entre deux Taxi-boTs renversées, criait ses prix en profitant de la « forte affluence », pas de petits profits dans le chaos :
— Pack catastrophe ! Réduction fin du monde ! Trois rations, un masque à particules offert ! Allez, c’est presque cadeau ! Il disparu lentement dans l’hystérie collective.
Un drone de la chaîne « WorldPlay Holonews » passa au-dessus des têtes (d’) ahuries, le logo tournoyant sur sa carlingue comme un gyrophare dingue. Il filmait la scène sous tous les angles, scrutant les visages, les réactions, l’angle parfait pour la soirée spéciale.
Pierre lui adressa un petit salut ironique, à la française, index fier de sa fonction comme on le ferait à un peuple qu’on méprise.
— Tu vois, Bori d’amour, regarde brûler leur Chapiteau, c’est magnifique. Murmura-t-il pour le micro en commentant le désastre délibéré. Et eux, là-haut, n’ont même pas eu besoin de réfléchir. La récupération a commencé avant même qu’on se déclare coupables. Sommes nous vraiment prêt , songea t’il devant l’ampleur de leur œuvre.
Il envoya le flux à la cave. Quelques secondes plus tard, le boîtier de réception dans le sous-sol clignoterait pour prévenir Borislava que le monde, dehors, jouait déjà sa partition.
Dans la cave, justement, le silence n’avait pas duré. Les écrans éteints renvoyaient à Borislava son propre reflet, démultiplié. Une femme jeune, cernes profondes, cheveux retenus tant bien que mal en queue de cheval, regard un peu trop vieux pour ses 22 ans.
Sur une étagère, à côté d’un vieux carton où l’on devinait l’inscription « Pack-Ration V6 – Goût Poulet Synthétique », une petite radio analogique crachotait. Elle n’avait plus servi depuis des années. Elle venait de se rallumer seule, comme si le chaos en surface avait réveillé même les vestiges de la communication d’avant.
Une voix officielle, lisse, légèrement compressée, s’éleva :
« … nos pensées vont aux familles des victimes de cet odieux attentat coordonné qui a frappé nos centres administratifs, nos stades et nos symboles de paix. Le Premier Ministre Mondial Abdoullah Ben’ Chorba est porté disparu. Les services médicaux font tout pour le retrouver et le ramener sain et sauf auprès de son peuple. L’enquête privilégie pour l’instant la piste d’un groupuscule extrémiste, ennemi des valeurs de la Coalition Planétaire, de nos traditions sportives et de figures innocentes comme le jeune Josh Amada, dont le sort reste incertain… »
Borislava éclata d’un rire sec, étranger, qui la surprit elle-même.
— Groupuscule…, murmura-t-elle. On fait exploser la moitié du réseau administratif et on reste un groupuscule. Et pour qu’on pleure, il leur faut un enfant riche à l’image nette et un Premier Ministre à la légende recyclable. C’est vexant, mais au moins, c’est clair. Sommes nous vraiment prêt , songea t’elle devant l’ampleur de leur œuvre.
La voix continua, implacable :
« … néanmoins, le Gouvernement Planétaire tient à rassurer la population : les matchs de Kill-Painter sont suspendus à titre exceptionnel. Ils reprendront dès que la sécurité sera totalement assurée, afin de continuer à offrir à chaque citoyen un espace d’exutoire et de cohésion, loin de ces actes barbares. Une cérémonie planétaire sera organisée en hommage aux victimes, et un temps de recueillement sera dédié tout particulièrement à la famille Amada et aux proches du Premier Ministre… »
Elle ferma les yeux. Les mots glissaient comme de l’huile sale sur un sol déjà glissant : « exutoire », « cohésion », « actes barbares », « recueillement ». Les mots qu’on utilise quand on ne veut surtout pas prononcer les vrais : « traite », « exploitation », « sacrifice », « héritiers ruinés », « familles broyées ».
Un bip la tira de ses pensées. Le boîtier vert au mur clignotait : message de Pierre. Elle lança la vidéo.
Le chaos de Novyy-Sibéria envahit la cave : les selfies devant l’explosion, les drones des chaînes d’Holo-news, Un vieux bonhomme qui transformait l’apocalypse en rations promo. La voix d’un présentateur venait se superposer à celle du père surprenant dans la rue :
« … certains profitent de cette tragédie pour diffuser des images choquantes, non vérifiées, montrant notamment des scènes d’émeutes et de pillages en Novyy-Sibéria.
Nous mettons en garde contre tout contenu non certifié par nos services partenaires. Restez sur nos Holécrans pour une information responsable. Ce soir, émission spéciale : “Terroristes contre Civilisation : pourquoi ils nous haïssent ?” suivie d’un débat interactif : “Faut-il rendre le Kill-Painter plus sûr ou plus radical ?” avec, en exclusivité, des images inédites de la loge détruite où se trouvaient le Premier Ministre, le jeune Josh Amada…Hum ! Ah oui, ainsi que d’autres personnalités plus ou moins connues… presifla le Toutologue au sourire de faience.»
Sur un micro-écran, l’image figée de Josh enfant, souriant en loge, verre de Vegan-Champ à la main, jouet synthétique gloussant à ses cotés, s’afficha une fraction de seconde avant de disparaître derrière un logo de chaîne et l’annonce d’une trop longue page de pub.
Borislava sentit sa gorge se serrer. Pas de culpabilité, non. Pas de regret. Simplement une lucidité acérée.
— Voilà, pensa-t-elle. On leur a brisé leurs jouets, et ils ont déjà trouvé comment vendre les morceaux. L’enfant génial, le Ministre-martyr, les terroristes parfaits. Il ne manque plus qu’une offre spéciale d’abonnement.
Elle remonta ses jambes sur son siège à roulettes, comme pour ce protéger, reprit sa tasse de thé désormais refroidi, et porta le métal froid à ses lèvres.
— Du pain, des jeux… un Premier Ministre interchangeable, un héritier à ruiner plus tard pour faire une belle saga, et des terroristes pour faire grimper l’audience, murmura-t-elle. Ils vont tous nous offrir en prime-time.
Elle huma une dernière fois le parfum léger qui se dégageait encore du fond de la tasse.
— On verra bien si le public préfère encore la Syntho-viande des arènes ou les rations de survie de ceux qu’on a laissés crever devant les Holécrans, quand le petit Josh ne sera plus qu’un visage de plus sur la liste des sacrifiés.
Ses doigts retrouvèrent le clavier mécanique. Elle commença à taper un nouveau message collectif, une simple phrase en en-tête :
« On continue. Mais souvenez-vous : ils joueront avec nos morts. À nous de décider ce qu’ils feront de nos vivants. À NOUS le coup de sifflet final ! FIN DU JEU ! »
Le curseur clignota un instant, comme un clin d’œil du système qu’elle haïssait. Puis elle appuya sur « envoyer ».
A suivre… (En cours d »écriture)…