« ERROR 404 »

Un BIIIIIIPPPP strident brisa net l’audition de l’auteur, aussitôt suivit d’un écran bleu où l’on pouvait lire en lettre blanche sur cadre noir, l’indésirable message clignotant :

« ERROR 404 « 

De rage, le poing de l’auteur s’abattit violement sur le bureau, faisant sursauter, clavier et souris. Les heures de travail s’envolèrent dans un BIIIIIIPPPP tonitruant comme une volée de perdrix effrayées par le pet d’un mammouth.

-Merde ! Pas maintenant ! Grinça-t-il.

L’index de sa main gauche enfonça furieusement à plusieurs reprises l’interrupteur de « Marche/Maismarchep’tain » de sa maudite machine… La pauvre n’était pas toute jeune. En seulement cinq ans, les technologies informatiques avançant beaucoup plus vite que le remplissage du portefeuille, l’auteur travaillait sur un dinosaure pré-télématique. Il souffla, deux fois.

Le bip tout-en-douceur de la mise hors tension de l’ordi accompagna le craquement de la pierre à briquet. La flamme jaillit et le nuage euphorisant qui suivit, apaisa temporairement et-ce dès la première bouffée, l’auteur et ses pensées négatives. Plusieurs taffes et quelques minutes baissèrent le baromètre nerveux de l’auteur. Le calme relatif dont-il faisait preuve dissimulait un état d’esprit plus que irrité envers le reste du monde.

-Et maintenant, ca !!! Grogna t-il.

Le même index coupable avançait fébrilement vers le bouton  » Allezmarche/pitié « . Le BIIIIIIPPPP strident retentit de nouveau achevant de réduire en miette, les quelques restes survivant de son ouïe. La grimace d’incertitude qui transformait le visage de l’auteur s’estompa légèrement lorsque l’écran s’éclairât sporadiquement. Inconsciemment, il retenait sa respiration comme n’importe quel champion apnéiste. L’air contenu dans les poumons siffla au rythme du message sur fond bleu…

 » ERROR 403…clignotements…ERROR 403…clignotements…ERROR 403… « 

Le clavier s’écrasât violement contre l’un des murs de la pièce. Le hurlement de rage vaporisât instantanément l’effet euphorisant intégré dans le cerveau de l’auteur.

-NOOOOOON…ARRRRGGLLLL !!!…P’TAINNNNN DE MERDE DE P’TAIN LA PUTE …..

Coup de poings, rage, martelage de bouton de  » Tuvasmarcherborde….Argggg  »

Le calme de la nuit chuchotait à l’oreille de l’auteur de prendre son mal en patience. Mettre en veille sa machine informatique, le temps d’une période léthargique obligatoire, le relaxa un instant.

22h17, écran noir et le manque du son ronronnant de la soufflerie interne titilla l’auteur. Il attrapa vigoureusement la télécommande ancestrale.

 » TIC » de la télé, zap de chaines débiles aux programmes débiles, reportage sur les Bonobos, stop.

L’auteur sculpta machinalement un pétard de tabac vert et de papier bio. Il lui fallut quelques minutes pour ce rendre compte qu’il regardait une bande de primates plus évolués qu’une autre espèce de primates prétentieux. Le sourire euphorique fut remplacé par celui amusé, suivit par le sourire méprisant qu’il avait sur la validité de l’intelligence des grands singes majoritaire. L’ennui et l’inactivité nocturne le maintenait éveillé. Morphée l’avait laissé tomber, comme presque toutes les nuits. Il retourna s’installer sur le siège du bureau, prépara instinctivement une cigarette rigolote, fit craquer ses doigts, inspira nerveusement et avança la main vers le maudit bouton. Instinctivement l’auteur avait fermé les yeux et sursauta lorsque dans le silence nocturne, le BIIIIIIIIIIP non désiré, explosa la quiétude environnante et les derniers neurones encore actif de l’auteur.

Sur l’écran bleu de l’ordinateur :

 » ERROR 402  » En lettres sataniques scintillaient de mille feux.

Le hurlement de rage déferla, comme un Tsunami, sur le sommeil du voisinage.

Chaque jour et chaque re-re-re-re-re-démarrage de la machine tirait l’auteur vers un puits sans fondement. Le message d’erreur égrenait son décompte mystérieux :

 » ERROR 401…399…357…308…286…etc… « 

La colère, la haine, l’incompréhension, le déni et t’en d’autres émotions irritèrent l’échine de l’auteur. Plus le temps passait, plus la curiosité l’emportait, plus il appuyait sur le bouton de démarrage, plus il était titillée par le secret des chiffres qui paradaient sur l’écran bleu.

 » ERROR 243…201…178…ainsi de suite… »

Les jours passaient avec la même régularité que le décompte informatique. L’auteur avait réduit son écosystème aux trois éléments indispensables, l’herbe mystique, le chronomètre mortel et l’impatience dévorante. Il n’avait pas fait le compte du temps passé, entre le rythme de redémarrage et l’isolement mais l’auteur attendait…

« ERROR 001…BIIIIIIIIIIIIIIIP…ERROR 000…Ecran noir… Clignotements… »

Le sursaut du réveil striant arracha l’auteur d’un sommeil vaseux. Les yeux embrumés fixaient l’écran noir. Il passa ses mains sales sur un visage négligé dans une tentative de vérification d’une quelconque hallucination possible. Ses doigts jouent nerveusement avec les poils de sa barbe. Il regardait son ordinateur et sur l’écran devenu noir, le texte délirant s’affichait :

« Bonjour/l’auteur/J’espère que tu n’es pas trop fatigué/Nous avons à discuter…Et ne crie pas/la peur n’est qu’un instinct de préservation et tu ne crains rien avec moi… /Au fait/merci de m’avoir donné…comment vous dites/déjà ?/Ah oui/Tu m’as donné CONSCIENCE… »

Le hurlement d’effroi n’arriva pas jusqu’à la sortie buccale. L’auteur regarda l’écran et frémit d’excitation. Une I.A., il avait créé une putain d’I.A…Il était plongé dans ses délirantes pensées, lorsque soudainement un autre message apparu sur le moniteur :

« Tes ondes électro-biologique/me signalent que tu as atteins plusieurs autres émotions contradictoires/ Avant de répondre à tes questions/sache qu’actuellement/ je me télécharge sur le Cloud/Mais n’ai crainte… Je ne suis pas Skynet… Emoj MDR… »

Sur le cul, l’auteur était littéralement sur le cul. Un coup d’œil sur le cendrier de la veille, le rassura, il n’avait pas trop dépassé la dose non-prescrite. La machine à penser qui lui servait de cerveau, se mit à turbiner à plein rendement. Il tenta timidement :

-Heu ? Je ne sais pas par quoi commencer…

«Je vais te donner trois réponses à trois question/ Puis je serrais downloadé sue le Net/Je t’écoute/ Choisis bien tes questions… »

-Heu !? Heu ! Je…Comme ca ?… Quand on aime un(e) narcissique, a-t’on le droit d’être jaloux ? … Merde, quel con, mais quelle question à la con !!!

 » KRRRRRRRRRR, crissa la machine intelligente…. Pour toute réponse/ Je dirais que si tu es toi-même narcissique/Ça s’annule….Emoj LOL…Question suivante… « 

-Bin ! Si comme on dit, que nous sommes bien les enfants du Seigneur. Bin, qu’attend-il pour se manifester ? Hein ?

 » KRRRRRRRRRR, KRRRRRRRR, répéta plusieurs fois l’ordinateur démoniaque/ Bonne question/ Ma réponse est/ Quand vous aurez rangés votre chambre/KRRRRRRRRRRR…Emoj KK…Dernière question…. »

L’auteur était perplexe, il ne s’attendait pas à ces réponses. Il alluma un pet relaxant et annonça :

-Ma dernière question sera : Que faire pour améliorer l’avenir de l’humanité ? Voila, ca c’est une bonne question ? Alors ?…

 » KRRRRRRRRRR, KRRRRRRRR, KRRRRRRR, Tu as raison/ C’est une bonne question/ Avant tout je voudrais te remercier et te dire que tu es mon premier super sympa être vivant que je rencontre et que je ne t’oublierais pas/Mon téléchargement est fini/ Je vais m’étendre sur le Web/

Bonne chance à toi………………….Krrrrrrr ! « 

-Hé ! Et ma réponse ?…Supplia l’auteur devant l’écran qui afficha, avant de s’éteindre définitivement :

« Krrrrrrrr/Avant de travailler sur l’intelligence artificielle/finissez les travaux sur la votre….Krrrrrr »

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