Attention, ce texte est long. Vous voilà informé. A vos risques et périls... Bonne lecture...
L’horizon, une ligne obscure dessinant les pourtours de lointaines montagnes dans un ciel noir d’une poussière poisseuse. Le sol tremblait comme le battement monstrueux d’un cœur déchirant l’air, au rythme des millions de pas avançant, inlassablement, dévorant inévitablement le monde…
L’orée des bois était plongée dans un calme trompeur, seul le bruissement d’un vent léger dans les branches menaçait le silence ambiant. Un mouvement presque imperceptible. Un frisson secoua un bosquet d’épineux planté au milieu de la petite pente terreuse, entre l’ombre des arbres et la longue bande d’asphalte craquelé qui bordait la forêt.
Une silhouette humanoïde, couverte d’un lacis de feuilles et de branches, s’extirpa lentement du buisson et parcourut rapidement les quelques mètres qui la séparaient de la lisière. Elle s’effaça dans l’ombre du couvert, avec la souplesse d’un prédateur prêt à fondre sur sa proie. Plongeant derrière un muret à l’abandon depuis longtemps, dont les pierres ne tenaient plus que par envie de marquer le temps, elle observait les alentours, immobile.
Au loin, le sommet des collines et le soleil lui-même s’effaçaient derrière ce mur de cendre colossal, ce tsunami d’une faim insatiable, immatériel. Depuis des générations, il dictait la seule et unique loi du monde : fuir toujours plus loin, toujours plus vite. C’était le retour du grand cycle, cette boucle absurde qui les forçait à précéder l’horreur, à tourner autour de la terre comme des satellites de chair et d’acier pour ne pas être rattrapés. Certains avaient abandonné, las de courir, se sacrifiant pour que d’autres continuent leur course éperdue… Un poids mort de moins pour le convoi, une vie de plus pour la Horde.
Le martèlement sourd qui faisait vibrer le sol n’était plus une simple sensation lointaine ; c’était un battement de cœur tellurique qui remontait par ses coudes plaqués contre la terre.
Observant l’immense nuage de terre s’élevant vers le ciel comme pour l’engloutir, elle souleva son masque végétal, dévoilant le visage d’une jeune femme couvert de boue séchée, strié par la sueur. Soudain, elle sentit un poids lui broyer les épaules. Sa mission devenait de plus en plus difficile, le gibier se faisait rare. Chaque carcasse ramenée, chaque heure de veille volée au sommeil n’était qu’une poignée de secondes arrachée à l’inéluctable. Au cœur de cette brume charbon virant sur le brun, elle focalisa son attention sur les mouvements saccadés qui se détachaient au loin.
La masse était gigantesque, grouillante et paraissait avancer de plus en plus vite. Engloutissant les collines, les forêts disparaissaient pour renaître dans un cycle infernal.
Elle ferma les yeux un instant, imaginant un monde où le convoi s’arrêterait enfin, où les grondements s’éteindraient pour de bon sans que le silence ne soit synonyme de mort. Un monde où l’horizon ne serait plus une menace, mais une promesse. Mais le bruit sourd qui faisait vibrer ses os la rappela à la réalité, la poussière n’attendait pas. Elle ne pardonnait jamais la moindre seconde de repos.
La jeune femme tourna son regard à la recherche de son compagnon. Il ne l’égalait que de très peu dans l’art de se camoufler. Elle fronça les yeux, focalisa son attention et finit par détecter une légère fluctuation dans l’ombre d’un imposant et honorable vieux chêne. Une autre silhouette, elle aussi recouverte de végétaux, fit un petit signe de main, indiquant l’autre côté du ruban d’asphalte dans ce qui semblait être la cour d’une ancienne ferme, dont le propriétaire était mort depuis deux décennies.
Il fallut quelques secondes pour que ses yeux fassent une mise au point. La poussière soulevée en avant-garde du dévoreur de monde lui brûlait les yeux. Elle retint son souffle et poussa un petit hoquet de surprise.
Son compagnon s’était rapproché de sa position.
— Ils sont à moins de deux jours, Dav, cracha-t-elle, la voix étranglée par la poussière qui saturait l’air. À cette vitesse, ils auront dévoré le versant nord avant que l’ombre du soir n’atteigne le pied de la colline.
— Klair… Encore quelques heures et on rentre ? interrogea-t-il en soulevant à son tour son masque végétal, dévoilant un sourire ravageur. Sa barbe naissante lui donnait un air de trentenaire alors qu’il venait de fêter ses seize ans. Elle lui sourit en retour.
— Allons explorer cette vieille bâtisse, on trouvera peut-être des trucs utiles pour Joh… indiqua-t-elle de la tête. Dav acquiesça et empoigna son arbalète. Il arma son arme d’un geste expert, sur le qui-vive…
Courbés sur le sol, glissant silencieusement dans la cour de la ferme, comme les adeptes de cultes anciens, avec déférence. Ils trouvèrent une porte rongée par le temps et les insectes. À l’intérieur, le jeune homme s’arrêta net devant un squelette assis contre un mur, rongés par l’horreur. Plus surpris qu’effrayé, ce qui fit sourire tendrement sous son masque sa compagne.
La pièce avait depuis longtemps été retournée, fouillée, dévastée par des centaines de passages. Les deux jeunes gens contemplaient l’histoire figée dans ces lieux.
Dav s’arrêta devant un autre squelette assis contre un radiateur rouillé, les os blanchis par les décennies. Maintenu miraculeusement en place par les restes de vieux vêtements. Dans ses mains osseuses, il tenait un petit boîtier de métal noirci, muni d’un cercle de verre fendu en son centre. Un morceau de sangle s’accrochait désespérément à l’appareil, tenant sur le côté par un anneau rouillé. Le jeune chasseur ramassa l’objet mystérieux. Il tourna une bague grippée, qui produisit un cliquetis mécanique, un son venu d’un autre âge.
Klair pencha la tête par le trou dans le mur de brique qui donnait dans un jardin en friche. De maigres pousses d’une herbe drue tentaient de survivre encore un peu, avant qu’elles ne soient rongées jusqu’aux racines par l’avalanche de dents acérées qui venaient.
Elle cherchait à dissocier les différents sons venant de l’extérieur du grondement lointain. Elle se concentra, supprimant un à un le crissement de verre sur lequel avait posé le pied son compagnon, la fuite dans un battement d’ailes d’un quelconque oiseau, le souffle du vent dans les branches.
— Qu’est-ce que c’est ? Un piège ? Une arme de l’Ancien Monde ?
La jeune femme jeta un regard distrait à l’objet. Pour elle, née après la chute, ce n’était qu’un débris inutile.
— Laisse ça, Dav. Ça ne se mange pas, trancha-t-elle sans quitter l’ouverture du regard. La caravane a deux jours, peut-être trois d’avance. Nous devons retrouver les traces de ce matin. Nous sommes très proches, je le sens… dit-elle calmement.
— Je l’embarque pour Joh, il doit savoir à quoi ça sert… non ?
— Si tu veux… On n’a plus qu’une heure avant que le rideau de poussière ne nous aveugle complètement. On y va dans cinq minu…
Alors qu’elle tournait la tête, une quinzaine de cerfs surgirent des fourrés en contrebas de la route, à l’arrière d’une grange effondrée. Ils ne couraient pas, ils bondissaient dans une fuite éperdue, les flancs battants. Leurs sabots claquaient sur l’asphalte avec un bruit sec.
Ils n’ignoraient pas les chasseurs, leur attention était ailleurs. La harde fuyait simplement quelque chose de bien plus mortel. Une marée organique qui s’apprêtait à déferler sur la vallée…
Par un simple réflexe inné, inscrit dans sa chair, Klair cala sa joue contre la corde tendue de son arc, sentant une vibration malaisante jusque dans sa mâchoire. Le sol tremblait plus fort, faisant tomber la poussière des murs en ruine.
Le sommet des collines dans l’horizon semblait maintenant bouillonner, une coulée somatique recouvrant goulûment chaque pierre, chaque tronc d’arbre sur son chemin.
Un grand et vieux mâle s’arrêta une fraction de seconde sur la route, la tête haute, offrant son flanc dans une pose tragique. À cet instant, un cri strident et collectif, comme le déchirement d’une feuille de métal rouillé, jaillit dans le vent. Une onde d’effroi parcourut le dos des deux éclaireurs. Klair resta concentrée, une seconde et elle pouvait manquer sa cible.
…Souffle coupé… inspirer… expirer…
Elle lâcha la corde dans un claquement sec, le son fut immédiatement englouti dans l’écho, par le rugissement de la masse. La flèche fendit l’air saturée de poussière. Le mâle s’effondra net, touché en plein cœur. Une mort brève et sans souffrance. Du coin de l’œil, elle discerna la silhouette d’une biche qui avait stoppé sa course afin d’observer ce qu’il venait de se passer. Elle donna un coup de langue sur son museau, chassa plusieurs mouches en secouant la tête et disparut dans les cendres comme un spectre.
— On n’a pas le temps pour le dépecer, Dav ! On l’embarque entier ou on le laisse ! On n’a pas le choix…
Elle rangea son arme sur le côté, alors que le raz-de-marée empli de mort commençait à occulter la lumière, transformant l’après-midi en un crépuscule hâtif et mortel.
— J’ai vu une vieille remorque dans la cour. Va la chercher, ordonna-t-elle un peu trop sèchement. L’approche du danger la rendait nerveuse. Son compagnon sembla ne pas y prêter attention, il sortit par où ils s’étaient introduits dans la vieille baraque.
Klair enjamba l’ouverture et courut récupérer sa flèche. Elle signa sa proie pour la remercier d’avoir offert sa vie pour le groupe. Elle avait lu ça dans un vieux bouquin qui parlait d’un peuple qui avait cette coutume. Elle aimait beaucoup l’idée… C’étaient aussi des survivants luttant pour continuer de courir.
Dav arrivait dans un grincement strident poussé par l’ancestrale remorque de jardin bricolée. Les roues métalliques où avait disparu le caoutchouc d’origine hurlaient sur l’asphalte craquelé comme une plainte lancinante. Ensemble ils chargèrent difficilement les deux cents kilos de viande, estima la jeune chasseuse. Elle découpa les bois et les enfourna dans son sac à dos…
Le retour fut un long et compliqué calvaire. Le sol inégal leur imposait parfois un effort considérable. Chaque mètre gagné était une lutte contre le poids du cerf et la vibration du sol qui devenait insupportable. La faim et la fatigue qu’ils avaient endurées depuis qu’ils avaient quitté le convoi pour chasser et apporter autre chose que de vieilles rations militaires, ramassées au cours de leur long périple, ne les aidaient pas.
— Tu penses qu’on pourra se poser un peu au camp de la rivière ? demanda Dav, les muscles du cou tendus par l’effort. Juste pour une vraie nuit… entière ? demanda-t-il, presque suppliant.
La jeune femme ne ralentit pas, transpirant sous la charge. Elle gardait les yeux fixés sur la route devant eux, là où le paysage semblait avoir été passé au rasoir. Les trop rares plantes comestibles n’avaient que cinq à six ans pour se développer, croître avant le prochain tour du monde et le retour des survivants dans ces contrées. Après le passage de la Horde gloutonne, elles devaient recommencer. Sur un ton grave, elle affirma :
— Tu connais la règle, Dav. Si on s’arrête, on meurt. La Horde ne dort pas, elle ne fatigue pas. Elle mange, c’est tout. Et crois-moi, tu n’aimerais pas du tout ça…
— Joh dit qu’avant, les gens vivaient dans des maisons qui ne bougeaient pas, reprit l’adolescent à la barbe clairsemée, d’une voix hachée. Ils restaient là des années. Toute une vie. Il dit aussi qu’il y avait des villes avec des jardins qui fleurissaient chaque printemps.
Elle laissa échapper un rire amer, sans joie.
— Joh a quarante ans. Il a vu la fin du monde quand il était gosse. Ses histoires, c’est comme cet objet en verre que tu as ramassé : c’est joli, mais ça ne sert à rien. Le monde ne fleurit plus. Il est juste en attente entre nos deux passages. Nous ne sommes ni vivants, ni morts…
— Des… Morts-Debout… souffla lentement son trop confiant compagnon, comme pour lui-même…
Klair et son jeune ami replongèrent dans de sombres pensées. Les mots qu’elle avait prononcés étaient tranchants comme le verre et laissaient une blessure douloureuse dans leur esprit.
Ils traversèrent une plaine qui, autrefois, devait être une prairie. Aujourd’hui, c’était une étendue de terre grise et compacte. Il n’y avait plus une seule herbe, plus une écorce sur les squelettes d’arbres qui pointaient vers le ciel comme des doigts décharnés, suppliant le ciel de leur donner vie. C’était la deuxième fois que la caravane empruntait ce corridor en dix ans.
À chacun de leur passage, la terre semblait plus morte, plus stérile, la désolation s’accentuait. La tempête qui approchait ne se contentait pas de passer ; elle vidait le monde de sa substance, de sa sève. Ne laissant derrière elle qu’une poussière acide où rien ne pouvait repousser sans une once de résilience.
— Regarde, dit-elle en désignant une carcasse de voiture à moitié enterrée. On est passé devant il y a deux cycles. Elle était encore rouge. Maintenant, elle est aussi rouillée que le reste. La pluie et le vent finiront par avoir raison d’elle.
Ils n’étaient plus des voyageurs, ils étaient les fantômes d’un circuit fermé, condamnés à parcourir la même boucle de désolation autour d’un monde abandonné, jusqu’au jour où la Horde finirait par les rattraper ou que la terre ne leur donne plus rien pour ne pas laisser tomber…
La nuit était tombée depuis peu lorsqu’ils arrivèrent à l’ancien relais mis en place par un autre groupe de survivants. Plus le temps passait, moins les rencontres devenaient possibles. Klair installa la remorque dans une sorte de garage, depuis longtemps débarrassé de son contenu afin de commencer à vider les entrailles de sa proie. Plus tôt en fin d’après-midi, ils avaient entendu sur leur gauche à plusieurs kilomètres, portés par le vent, les jappements d’une meute de coyotes affamés.
Placer les abats loin de l’endroit qu’ils allaient occuper pour la nuit attirerait loin d’eux, les rares prédateurs qui pouvaient traîner dans le coin.
Dav alla directement vers la cache inviolable indiquée par une croix peinte en blanc sur le mur d’une ancienne station-service, où les survivants de passage pouvaient y déposer ou récupérer des ressources salutaires. La vieille cuve à fioul, vidée depuis de nombreuses années, servait maintenant d’abri. Celle-ci était ouverte, la porte blindée avait été forcée par la main de l’homme.
— Arf, des Charognards… grogna-t-il avec une grimace de dégoût. Klair, dépêche-toi. Cet endroit me fout la trouille…
Serrés l’un contre l’autre, évitant d’allumer un feu pour ne pas être vus de loin, les deux éclaireurs passèrent une nuit assez calme, juste entrecoupée par une bataille désespérée autour des viscères du cerf offert en pâture aux coyotes.
Au petit matin, épuisés, transpirant, les jeunes gens reprirent la route en direction de leur groupe, tirant de quoi manger pour quelques jours de plus. La chaleur du soleil estival et la carcasse attiraient toute sorte d’insectes volants, bourdonnant trop près des visages, rendant désagréable la dernière partie de leur chasse.
— J’espère que les autres ont eu autant de chance que nous ? questionna Dav. C’est une belle bête… mais ça ne suffira jamais pour tout le monde…
— Arrête avec tes questions idiotes. Tu sais très bien que le grand Herv a toujours une recette miraculeuse pour nous régaler. Il a le don de multiplier les quantités… Aide-moi… souffla-t-elle dans un dernier effort pour grimper la petite butte de terre qui bloquait l’une des roues.
Vers midi, lorsque le soleil atteignit son zénith, le camp apparut enfin au détour d’un vallon : un assemblage hétéroclite de caravanes délavées et de camions liés ensemble par de lourdes chaînes, tel un grand serpent d’acier prêt à ramper. Les deux amis descendirent la colline tentant de retenir leur trophée d’un accident et d’une chute en cascades. Une centaine de jeunes gens, ayant tous moins de vingt ans, s’y activait dans une effervescence fébrile…
Un vieux bus scolaire à la peinture écaillée, tracté par quatre zébus capturés il y a maintenant huit ans par Joh et deux des derniers « Grands » qui restent encore vivants, fermait la boucle du serpent qui se mange la queue. La gardienne du cercle était inconnue de Klair. C’était une jeune fille d’une quinzaine d’années, vêtue d’une vieille robe délavée. La couleur restait indéfinie, entre le bleu et le gris. Elle était vraiment jolie avec ses longs cheveux noir de jais, pensa Klair toute émoustillée par la fatigue et le désir montant.
— La chasse a été bonne à ce que je vois… Cooool, j’adore la viande du chef Herv… susurra la jeune créature, plissant les yeux comme en réponse au désir émanant de la jeune chasseuse.
— Arf, les hormones… comme dirait Joh… pesta avec un grand sourire son jeune compagnon de route.
Ils reprirent leur chemin vers le centre de la communauté, traînant derrière eux le résultat d’une longue traque, bientôt suivis d’une ribambelle de petits curieux de tous âges.
Ils passèrent devant deux préadolescents harnachés d’une armure de plaques de métal bricolée par le Fabricateur, ce bon vieux Gill, le cadet de Joh. Ils se tenaient debout, surveillant un parapluie usé qui protégeait trois malheureux plants de tomates des rayons ardents du soleil, poussant dans une vieille boîte en plastique.
— Tu crois vraiment que ça va pousser ? demanda l’un d’eux en louchant sur les tiges fragiles.
— Je ne sais pas… Joh a dit qu’avant, les gens mangeaient des trucs prémâchés et même pré-chiés, s’esclaffa l’autre. Je veux savoir c’est quoi le goût du poulet.
— T’es idiot, le poulet c’est une légende de Joh, comme les villes de verre et les navions.
— N’importe quoi, on a déjà vu des images-qui-bougent avec des poulets et d’autres trucs dedans, s’engueulaient les deux gosses au passage des chasseurs.
Tout le monde s’occupait à la survie de la colonne, chaque jour, chaque nuit. Personne n’était oisif, leur avenir en dépendait.
Certains se spécialisaient, suivant les enseignements de Dam’ Akhima, dernière des sages du temps d’avant la grande Horde. Une fidèle de Joh et de Gill, survivants de la première vague…
Il y a quelques années Père Maurice, le fondateur du convoi, avait donné sa vie en sacrifice pour gagner du temps. Depuis cet instant, et cela avait été un succès, le groupe était sous la responsabilité des trois Grands : Joh, Gill et la douce et patiente Dam’ Akhima…
Au centre du cercle de véhicules, assis sur une caisse de fer, un homme à la barbe blanche observait un groupe qui essayait d’harnacher à la remorque-réserve le bon vieux Dambo, un éléphant d’Asie qui servait déjà les hommes du temps des anciens.
Joh sourit à l’arrivée des deux jeunes gens. À quarante ans, ses tempes grises et ses mains calleuses faisaient de lui une relique vivante, le dernier témoin d’une époque où l’humanité ne fuyait pas vraiment…
Klair lui rendit chaleureusement son sourire. Elle laissa l’équipe cuisine récupérer le grand cerf et l’emporter vers les fourneaux d’Herv. Dav tendait déjà l’objet trouvé dans les ruines au vieux sage. Elle comprenait son impatience mais elle devait avertir leur guide de la situation d’urgence.
Joh prit l’appareil des main du jeune Dav, avec une tendresse infinie, ses doigts effleurant la lentille poussiéreuse. Il retint une larme de nostalgie. Il reconnaissait un Olympus PEN-F, photos argentiques… Fébrilement il ouvrit le clapet, peut-être l’espoir d’y trouver une pellicule… Vide, ou détruite par le temps… Dommage, pensa-t-il déçu…
— Ça servait à capturer l’instant présent sur une image fixe, murmura-t-il. Pour que les gens se souviennent de ce qu’ils avaient aimé ou faire des trucs débiles. Mais aujourd’hui… le temps est la seule chose qu’on n’arrive plus à attraper.
— Et toi, Klair ? Il tourna son regard plein de sagesse mais on pouvait y voir aussi une détermination sans faille. Que nous ramène ma rude guerrière ?
… A suivre…