Élégie d'un Roi... (Mais en Alexandrins, je vous prie...)
Enfant délaissé, rescapé d’une aire prospère,
Je traîne mon ennui comme un vieux manteau gris.
Dans les grandes forêts, au royaume de mon père,
Le silence était roi ; ici, tout n’est que cris.
Dernier des grands hommes, seigneur de la forêt,
J’ai vu l’ombre des lianes devenir des barreaux.
Quand j’ai dit un adieu à mon sang, mon secret,
On m’a jeté vivant dans l’enfer de ce zoo.
Entre ces murs sans vie, je contemple ta race,
Toi, l’humain agité, fier de ton espoir vide.
Je vois dans ton regard ton propre ennui qui passe,
Dans cet empire immense aussi triste que livide.
Ma tronche de vieux singe amuse les enfants,
Qui viennent s’égayer devant mes pas si lents.
Contre l’orgueil des hommes et le fracas des armes,
Je n’ai pour tout bagage que mes seules larmes.
Je suis Laurent Outan, roi déchu et mourant,
Témoin de ce gâchis que je trouve effarant.
On m’a nommé Laurent, un nom bien dérisoire,
Pour oublier qu’Orang veut dire « Homme » en l’histoire.
Seul, triste au fond du parc, captif de mon grillage,
Je vous regarde enfin, perdu parmi les dogmes,
Mon peuple vous observe avec des yeux de sage,
Dans vos vies de maudits, mangeant la grosse pomme.
Alors je lève un doigt, sans haine et sans effort,
Un hommage ironique à votre propre chute.
Je m’ennuie de la jungle, et j’attends que le sort
Mette une fin, par pitié, à cette vaine lutte.
Regarde-moi bien, frère, avant que tout s’efface :
Derrière mon mépris, c’est ton miroir qui passe.