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La Marche des Morts-Debout Part 2

Suite en cours d'écriture... Bonne lecture...

La Marche des Morts-Debout Part 1


 Au centre du cercle de véhicules et carrioles, assis sur une caisse de métal, un homme à la barbe blanche, vêtu d’une vieille veste militaire rapiécée, observait un groupe d’enfants qui essayait d’harnacher à la remorque-réserve le bon vieux Dambo, un éléphant d’Asie qui servait déjà les hommes du temps des anciens.


Joh sourit à l’arrivée des deux jeunes gens. Proche de la quarantaine, les tempes poivre et sel, les mains calleuses faisaient de lui une relique vivante, le dernier témoin aux prunelles mélancoliques, survivant d’une époque où l’humanité ne fuyait pas vraiment…


Klair lui rendit chaleureusement son sourire. Elle laissa l’équipe cuisine récupérer le grand cerf et l’emporter vers les fourneaux d’Herv. Dav tendait déjà l’objet trouvé dans les ruines au vieux sage. Elle comprenait son impatience mais elle devait avertir leur guide de la situation d’urgence.

Joh prit l’appareil des main du jeune Dav, avec une tendresse infinie, ses doigts effleurant la lentille poussiéreuse. Il retint une larme de nostalgie. Il reconnaissait un Olympus PEN-F, photos argentiques… Fébrilement il ouvrit le clapet, peut-être l’espoir d’y trouver une pellicule… Vide, ou détruite par le temps… Dommage, pensa-t-il déçu…


— Ça servait à capturer l’instant présent sur une image fixe, murmura-t-il. Pour que les gens se souviennent de ce qu’ils avaient aimé ou faire des trucs débiles. Mais aujourd’hui… le temps est la seule chose qu’on n’arrive plus à attraper. 


L’ancien rendit l’appareil photographique rouillé au jeune homme complètement fasciné par l’objet qui pouvait capturer le temps… Waouh, s’exclama-t-il en montrant sa trouvaille aux curieux qui s’étaient approchés.


Joh roula une cigarette avec le tabac qu’il faisait pousser et sécher dans sa roulotte, centre névralgique de la colonne, faisant office de réserve, de dépôt pour les restes du passé ramassés sur le chemin. Tractée par le doux et dernier de son espèce, Dambo.


Klair, admirative, l’observait avec tendresse…


Trouvée deux mois après la première vague vorace, elle n’était qu’un souffle de vie dans les bras de sa mère, morte de faim au milieu des décombres d’une ville quelconque de l’ancienne France. Les trois Grands, jeunes adolescents insouciants à l’époque, l’avaient recueillie pour ne plus jamais l’abandonner. De ce sauvetage, Klair ne gardait aucun souvenir, sinon les récits distillés au coin du feu par son sauveur. Tandis que leur petite troupe s’étoffait au gré des survivants croisés en chemin, le destin les avait menés vers le convoi de Père Maurice.


C’était un ancien militaire qui avait compris, avant tous les autres, que le seul salut résidait dans le mouvement perpétuel. Lors de la troisième bataille pour endiguer le fléau et le massacre qui en découla, il avait rassemblé les premiers survivants et tracé les premières cartes de cette boucle sans fin, jetant les bases d’une discipline de fer pour que l’humanité ne soit jamais rattrapée. Klair gardait de cet homme le souvenir d’une gentillesse accompagnée d’une dureté quasi dérangeante. Elle n’avait alors que deux ans et demi, mais elle appartenait déjà à la boucle.


La jeune femme reporta son attention sur Joh, il fumait en silence, simplement assis au centre de son groupe, de sa famille, observant les visages enfantins avec un grand sourire. Elle n’avait connue que cet homme et il était tout pour elle, un père, un confident et un mentor.  


— Et toi, Klair ? Il tourna son regard plein de sagesse mais elle pouvait y voir aussi une détermination sans faille. Que nous ramène ma rude guerrière ?


Klair sentit le poids de sa mission lui revenir en plein cœur, balayant la douceur de l’instant. Elle jeta un dernier regard vers l’horizon où la poussière continuait de s’épaissir, avant de se pencher vers le quarantenaire.


La petite guerrière s’accroupit face à lui, ignorant l’effervescence occasionnée par Dav et les fouinards. Elle attrapa le poignet de Joh et planta ses yeux dans le regard redevenu grave du vieil homme. Il plissa le nez en sentant l’odeur du sang et le musc du vieux mâle qui émanait d’elle.


— La Horde a accéléré, Joh. Elle a déjà franchi la crête nord.


Le silence tomba brusquement sur le centre du cercle, comme si le vent lui-même s’était arrêté de respirer. Joh ne cilla pas, mais dans un tremblement nerveux, la cendre de sa cigarette tomba sur ses genoux.


— Combien de temps ? demanda-t-il en se redressant, sa voix ayant perdu toute la chaleur qu’elle lui connaissait.


— Trop peu, un jour max, deux s’ils passent par la rivière, répondit-elle en fixant le mur de poussière qui dévorait déjà la lumière au loin. Si on veut voir l’aube, il faut que le serpent rampe. Ce soir…


Le silence camouflé derrière le grondement lointain, ne fut pas brisé par un ordre sec, mais par le sifflement strident d’une fusée de détresse. Le vieux chef de la colonne, le visage sculpté par les ombres du brasero, venait de presser la détente d’un vieux lance-fusée dont le phosphore rouge déchira la nuit sans lune, projetant un négatif du convoi sur le sol, le temps d’une seconde. En haut, très haut, l’éclat sanglant illumina un instant le mur de poussière qui dévorait déjà les contreforts des montagnes au loin. C’était le signal de départ.


Aussitôt, le campement s’anima d’une précision chirurgicale. Pas de panique, pas de gestes inutiles. En deux décennies de traque la peur au ventre, aussitôt remplacé par un ardent désir de continuer à vivre. Pour les trop rares survivants du monde, l’exode était devenu une seconde nature, un réflexe instauré dès la naissance. Courir avant de savoir marcher, persister avant de disparaître, un avenir tout tracé…


Sous cette lueur écarlate, le « serpent qui se mange la queue » sembla prendre vie. Chacun, chacune savait ce qui devait être fait.


Herv, le cuistot en chef, même si le concept de hiérarchie était mort en même temps que le reste du monde et son équipe cuisine, remballèrent, marmites et ustensiles dans une pratique remorque de forains. Grand, mince, joviale et amusant comme dans les clichés sur les chefs étoilés décrit par les images-qui-bougent passées certains soirs par les Grands.


La chorégraphie engagée amusa Joh qui supervisait le tout de son siège soudé sur le toit de la remorque-réserve et fourre tout qui lui servait de domicile.


Il avait rencontré Herv, lors d’une chasse aux sangliers, quelque part dans le Nord de l’Italie du passé. Il était blessé, fatigué, seul survivant de son groupe surpris en pleine nuit par l’attaque de loups autant affamés qu’eux.


 Klair rejoignit son chez soi, une désuète caravane qu’elle partageait avec Dav et deux autres Veilleurs, Vinz et Ginah. La moyenne d’age de leur groupe était de dix-huit ans. Elle aimait ses compagnons, toujours prêt à aider, toujours prêt à s’aimer… Les deux garçons attelaient quatre magnifiques rennes à leur dortoir sur roues.


Au cœur de cette agitation millimétrée, le vieux bus scolaire jaune s’ébroua sous la traction d’un attelage de bœufs fort et lourds. À l’intérieur, les nouveau-nés et les plus jeunes étaient réunis sous la houlette de Dam’ Akhima. Plus jeune de douze ans que Joh, elle était l’âme protectrice de cette crèche mobile. C’était une magnifique jeune femme aux cheveux crépus, d’un noir de jais, seulement marqués d’une mèche blanche — vestige éclatant d’un drame qu’elle évoquait rarement.


Son regard débordait de douceur lorsqu’elle se penchait sur la nouvelle génération, mais pour qui savait observer, une tristesse incommensurable siégeait au plus profond de ses pupilles. Elle était le pont entre ce qui avait été perdu et ce qui devait être sauvé.


Alors que les rennes de Dav et Vinz commençaient à tendre les traits de la caravane des Veilleurs, Gill, le Fabricateur, passa près du bus. Il frappa deux coups secs sur la tôle pour signaler à Akhima que l’essieu arrière tenait bon. Un échange de regards suffit : le Fabricateur et la gardienne de l’avenir savaient que le destin du convoi reposait sur la solidité du lien qui réunissait une centaines d’âmes en peine.


À quelques mètres de là, Herv, tout en maugréant avec son habituelle jovialité sur le fait qu’il n’avait pas eu le temps de finir de trier ses herbes séchées, grimpa sur le toit de la remorque-réserve. Il s’installa près de Joh, qui, de son siège soudé, scrutait en arrière, l’horizon où la poussière soulevée par un nombre ne cessant de grandir, commençait à avaler les étoiles après avoir dévorée l’horizon.


— L’équipe s’occupe des quatre gibiers… Il semblait soucieux. D’un geste de la tête Joh, l’incita à continuer. Et… Heu… nos récoltes sont maigres. C’est de plus en plus dur de trouver de la bouffe… Je fais de mon…


— Je sais que tu fais de ton mieux mon grand… Le coupa Joh. Dans un mois au mieux, nous serons aux portes de la zone froide. Ça va les ralentir et nous laisser un peu plus de temps pour chasser.


Le jeune Cook, lança un regard dubitatif, mais l’air rassurant de leur guide le rassura.


Le Serpent était désormais en mouvement. Une colonne hétéroclite de cuir, de fer et d’espoir, glissant sur la plaine comme un négatif photographique dans la nuit, fuyant une ombre qui, elle, ne se reposait jamais.


La fusée « du désespoir » finissait de nourrir la nuit de sa lumière sanglante avant de toucher le sol et de s’éteindre dans l’obscurité.


— On part vers l’Est, par l’ancienne rocade, ordonna Joh aux responsables de véhicules. Si on ne franchit pas le viaduc avant minuit, la Horde nous coupera la route.


Le convoi s’ébranla dans un vacarme de grincements, de meuglements d’efforts des bêtes de somme et de coup de sifflets. Ils ne roulaient pas vite, entravés par l’état de la chaussée et la fragilité de leurs attelages, mais ils avançaient. Toujours, droit vers l’Est, à travers les plaines de l’ancienne Europe centrale. Personne au sein de la procession, ne savait vraiment ce qu’avait été le pays traversé…


 La suite est en cours d’écriture… Merci de patienter… encore… 🙂 

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