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Dix petites gouttes de sang

...Klic..clik...

— Tiens ? Y’a un faux contact dans le plafonnier… pensa le jeune homme couché sur la table d’exécution. C’était plutôt confortable, en fait. Pas ce qu’il avait imaginé pour une table d’exécution. Un peu dure, certes, mais pas désagréable. Les gardiens l’avaient installé là avec un sérieux presque vexant, comme s’ils préparaient un simple barbecue d’un dimanche familial.

On lui avait ligoté les poignets et les chevilles avec une application admirable. Il avait d’ailleurs trouvé cela assez humiliant, parce qu’il n’avait pas du tout l’air menaçant, attaché comme ça. Il tourna la tête et fixa le prêtre commis d’office qui marmonnait dans sa petite moustache ridicule. On aurait dit qu’il mâchait les mots sacrés, plus qu’il les récitaient.

Ron, le gardien en chef, remarqua son sourire de corniaud et fronça les sourcils. Sa stature imposante, dans un uniforme trop cintré, ne servait qu’a intimider les plus téméraires. Parmi les gardiens du temple pénitentiaire, il y avait beaucoup plus peau-d’vache.

— Mouai, plutôt sympa pour un maton, admit le jeune homme, intérieurement d’une voix soudainement rendue fluette par la crainte.

— Une tête de con, oui !! grogna son Ténébreux, d’une voix rocheuse, comme deux cailloux qu’on frotte ensemble. Toi aussi, t’es le pire des connards et je suis presque content de te voir là, sac-à-merde… Ahahh !!.

La voix venait du fond de ses entrailles, poisseuse, rugueuse, pleine de mépris.

— Regarde où tes conneries nous ont menés… persifla-t-elle, lâchant un frisson désagréable parcourir tout le corps de son réceptacle.

Le jeune homme cligna des yeux. Il n’aimait pas trop ce ton-là. Pas parce qu’il lui faisait peur, non. Enfin, si, un peu. Mais surtout parce qu’il donnait l’impression qu’il avait manqué quelque chose d’essentiel, hum… de crucial. Comme quand on est au tribunal au milieu d’une explication de son avocat et qu’on n’ose pas demander le début parce que « T’as rien écouté, trou-duc… ».

— J’ai pas tout raté, quand même, hein ? murmura-t-il dans sa tête.

— Pas tout ? fit le Ténébreux. Tu es attaché sur une table. En public. Avec un prêtre rigolo. Un téléphone qui ne sonnera pas… À l’heure dite… Tu t’attendait à quoi ?

— D’accord, mais sur le fond…

— Sur le fond, tu as tout raté.

Un silence mortuaire planait dans la petite salle de la prison centrale. Seul quelques bruits de frottement de vêtements et les …Klic..clik… du plafonnier troublait les lieux.

Le jeune homme baissa les yeux vers ses mains serrées par les courroies de cuir. Il pouvait enfin imaginer ce que sa première et seule victime avait ressentie.

Sa sordide carrière fût, de part le fait, assez brève. Jusqu’à hier encore, il avait surtout eu des problèmes de voisinage, de chat disparut et de sous-vêtements qui n’étaient jamais au bon endroit. Puis l’envie de plus avait commencée à le ronger  intérieurement, et son Ténébreux se présenta à lui…

Alors là, la table, le prêtre, les gardiens, l’odeur froide du métal… c’était vraiment plaisant.

— On était obligés d’en arriver là ? demanda-t-il, très sincèrement.

Le Ténébreux poussa un long soupir intérieur, lourd comme un pont-Levis mal entretenu.

— Oui.

— Tu es sûr ?

— Absolument.

— Pourtant, j’avais noté les règles.

— Les règles ? répéta la voix, avec une indignation presque blessée. Quelles règles ? Celles que tu as lues de travers ? Celles que tu as oubliées en route ? Celles que tu as appliquées avec la concentration d’un pigeon sous cocaïne ? Me prend pas pour un con, je suis toi et je sais ce que tu fais et ne fais pas…

Le jeune homme rougit jusqu’aux oreilles. Il n’aimait pas quand on parlait de lui comme ça. Il avait fait de son mieux, lui semblait-il. Et puis, il n’avait pas eu beaucoup d’aide. Enfin, si, mais mauvaise.

Le gardien en chef, lui tapota légèrement l’épaule comme si il avait sentit le dialogue intérieur, non sans en comprendre le sens, juste dans un moment de compassion…

— Je pensais bien faire, continua-t-il à lui-même, sans vraiment prêter attention au geste de Ron.

— Voilà le problème, répondit le Ténébreux. Tu penses trop souvent bien faire…

Un petit silence tomba. Le prêtre toussa. Le directeur consulta sa montre. La lampe au plafond bourdonna plus fort, puis se remit à vibrer comme si elle hésitait entre vivre et griller.

— Bon, ce-dit le jeune homme d’un ton qu’il voulut courageux, on reprend depuis le début ?

— Ah non, grommela le Ténébreux. Pas “depuis le début”. T’es plus con que j’pensais, on n’a pas le temps pour ta version édulcorée où tu regrette de ne pas m’écouter, blabla bla…

— Je voulais dire les dix règles pour…« Devenir serial Killer en dix leçons«  De tout ces auteurs : Lady Stéphanie avec son style imparable, Klodik et ses conseils ludiques. Je m’suis pourtant bien renseigné… Qu’es-ce qui a merdé ?…

— Les dix catastrophes, mouai, mouai, voilà…moqua l’obscure passager.

Le jeune homme inspira doucement. Il avait l’impression étrange que, s’il arrivait à tout remettre en ordre dans sa tête, alors peut-être que la situation deviendrait moins grave. Comme si le simple fait d’expliquer correctement les choses pouvait arranger ce qui avait foiré.

— D’accord, souffla-t-il. Alors… première règle ?

Le Ténébreux eut un rire sec et irritant…

Première règle : ne pas choisir une carrière qui fini par un faux contact dans un plafonnier…

Le jeune homme hésita.

— Heu ?! C’est une vraie règle, ça ?

— Arf ! Pour toi, oui…

Sur le vieux murs, vert pastel délavé par le temps qui avaient vus plus de morts que de vie, l’horloge égrainait les minutes qui rapprochaient le jeune homme vers son destin funeste.

« 5mn, c’était le temps qu’on lui avait donné… 5 petites minutes… »

Deuxième règle : Surtout ne pas chasser sur son territoire de vie…hurla intérieurement le passager pour que ça rebondisse bien dans les neurones de son hôte…

— A oui, merde… maintenant que tu l’dis comme ça, c’est logique…réfléchit le jeune homme sur sa table d’exécution…

Un face-palme plus tard, le Ténébreux énuméra ensuite…

Troisième règle : L’anonymat, la discrétion, l’ombre parmi les ombres…pas envoyer des courriers à la police ni aux journalistes pour te vanter de ton crime… « EN LAISSANT LE CACHET DE LA POSTE ET TES PUTAINS D’EMPREINTES !! » Bordel à cul de nom du diable…vociférât-il…

Le pauvre condamné à mort, grimaça lorsque qu’un médecin qu’il n’avait jamais vu, lui enfonça l’aiguille dans le bras gauche.

— OK, ok, j’ai encore merdé cette fois là, je te l’accorde… Mais je débute et ne me dit pas que le fait de tuer cette fille ne t’as pas donné autant de plaisir qu’a moi ?? Sois franc avec moi ??… Suppliât-il…

— Je te l’accorde susurra le passager Ténébreux… Mais la Quantième règle : Entrer sans laisser de traces…

— Je sais, je suis maladroit, je ne pouvait pas savoir qu’elle avait changée ses serrures et que…

— Dis le, espèce d’abruti…

— Que j’allais oublier le pied de biche….souffla lentement le jeune…

Cinquième règle : Bien choisir sa deuxième victime. La première étant souvent bâclée dans la précipitation… Affirmatif, répondît son taulier… « ALORS POURQUOI, IL A FALLUT QUE TU CHOISISSE TON VOISIN ???… » sombre abruti…s’impatientait le Ténébreux…

— Bah !!…

— Tais toi… Sixième règle à la con : Ton alibi… M’enfin qu’es-ce que t’as pas saisi dans le fait de ne pas être localisable sur les lieux du crime ?? Hein ? J’aimerai comprendre…

Les lumières de la salle des visiteurs filtrait au travers du miroir sans teint, indiquant l’avancé du temps vers la fin inéluctable de notre protagoniste. Celui ci replongea dans sa réprimande introspective.

Son double maléfique continuait de le harceler de questions et autres gnagnagna…

Règle n° sept : Pourquoi « Johnny Marave » est un mauvais pseudo, le pire nom pour un tueur sanguinaire ??

— Mais, mais, j’aime bien mon vrai nom… pleurnicha le jeune Johnny…

— Et on continu gronda de plus en plus puissamment l’obscur invité…

Huitième règle : Tu ne gardera pas tes trophées dans ta chambre d’ado chez tes parents… Tu comprends que c’est l’idée la plus délirante que tu pouvais trouver ?… Laisser des preuves chez toi , Ce qui coïncide avec…

La Neuvième règle : Dix petites gouttes de sang, tu as laissé dix petites gouttes de ton sang sur la scène de crime… Abruti, idiot, tu ne me mérite pas…fulminait la colère pur, le mal intrinsèque aux hommes…

E enfin, sombre crétin, La dixième règle : « Devenir Serial Killer en dix leçons » — ce n’est pas un titre, c’est une carte de visite pour l’échafaud ! ricana le Ténébreux.

Le jeune homme grimaça.

— Mais, j’trouvais ça classe comme bouquin pour m’inspirer ??…

— Classe ? T’as signé tes lettres « Johnny Marave », avec un smiley ! T’as cru faire un film ou quoi ?

— J’voulais une signature… Un truc différent…maugréât-il en fin de compte…

— T’as eu une cellule accompagnée d’une injection létale, bravo…

 

…Klic-clik-KLIC…Clac…

Le plafonnier s’affola.

Le médecin fit un pas. Un denier regard vers le téléphone mural et le signe négatif de tête du directeur. Le piston poussa l’aiguille. Le liquide froid et glacial coula dans ses veines. Brutal…

— Dixième règle : quand t’es baisé, assume, dit la voix rocailleuse, déjà lasse.

— J’ai merdé partout, hein ? Somnola lentement Johnny…

— Partout. T’étais pas fait pour ça…. Avoua sincèrement son invité macabre…

Le jeune homme cligna des yeux…

Vision trouble….

Son étouffé….

Le néon s’éteignit.

…klic…

Silence…

Le Ténébreux venu des profondeur des âmes, bâilla dans l’obscurité du monde.

— Pff. Trop mou… J’vais trouver un vrai dingue enfin, un qui écoute. Fini les ados, un qui tue bien, au moins plus qu’une occurrence.

Et il glissa lentement, rampant déjà vers une autre tête. Un gamin sage, influençable… Oh, une fille pour une fois, Innocente….

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