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Mort

Et après ?

… Mort, voilà je suis mort. J’aurais pu vous mentir, raconter que j’ai pris une balle en voulant sauver une âme innocente, un enfant par exemple, ou encore trépassé dans les flammes d’un immeuble incendié, aidant une famille en danger… un chien en détresse… ça c’est épique…

Mais, non, rien de cela. Je suis mort banalement, comme j’ai vécu. Juste une petite erreur d’appréciation de distance. Un petit saut de rien du tout. Quelques centimètres entre le bord du lit et le tapis de sol…

En fait j’ai glissé, ma tête a heurté le montant d’une commode, coup du lapin… Accident bête, aussi idiot que ça…

Alors me direz-vous, puisque tu es mort et que apparemment tu penses, donc peux tu nous décrire ce qu’il y a après ?

Bin, je dois vous dire, qu’il n’y a rien… Il fait tout noir… Pas de trompettes célestes, aucun type en toge qui vous accueille avec un verre à bulles… Rien…

Et je vous dirais même plus, même pas de vide spatial où tu peux te balader de planètes en systèmes solaire. Absence totale de matière… Rien…

Alors au début, j’ai cherché du regard, toutes choses hors de l’ordinaire… Jusqu’à me rendre compte que en fait, je n’ai pas d’yeux… Ni bouche… Ni oreilles… Rien…

Pourtant, dans les bouquins que j’ai parcourus, à un moment dans ma vie, cherchant des réponses existentielles, qu’après votre mort, les Champs Élysées, le Jannah ou tout autres Nirvana ouvriraient leurs portes… Si, quelques concepts bienveillants étaient mis en pratique… Mais rien, pas un pavé, pas un arbuste incandescent…Que dalle…

Franchement, je n’attendais à pas grand chose, mais là… là : RIEN… Où est l’arnaque ?

J’ai poussé, du moins j’ai pensé le faire, un :

… Ohé ? Y a cain-cain ??

Pff, rien… Même pas d’écho… Du moins si j’avais des oreilles, je pense qu’il y aurai eu des réponses à mon appel… Sans… bouche…

… Merd… C’est flippant…

Le problème avec le rien, c’est qu’on en fait vite le tour.

Au début, on apprécie le calme. Plus de réveille-tôt… Bon, plus de sommeil… Non plus. Le temps n’a pas l’air d’exister ici.. Ni la faim, ni même mes besoins phylo…physliolo… envies de pisser, pour réguler mon expérience de mort…

Alors, vu que le temps est parti fumer une clope, et que j’ai, il me semble, beaucoup de temps pour m’occuper. Genre, une introspection, non ?

C’est le moment idéal pour faire le bilan. Le Grand Inventaire. On se dit qu’on va revisiter ses grands amours, ses regrets d’enfance, ou analyser l’impact de sa petite existence sur le cosmos. Des trucs que j’ai essayé de faire dans mes textes, de mon vivant… Et qui bizarrement, me trottent dans ma tête invisible en ce moment…

Tu parles. Au bout de trois secondes de néant, mon esprit supérieur et créatif a préféré se demander si j’avais bien pensé à vider le bac à litière du chat avant de glisser du lit. Parce que si le néant est éternel, l’odeur de l’appartement dans trois semaines, elle, va être très concrète pour le propriétaire…

… Mouahahha !!! J’ai lâché mon meilleur mon rire imaginaire… Pauvre Marley…

C’est là que le vertige te chope. Tu réalises que toute ta vie, tu as couru après des concepts. Le bonheur, la réussite, le grand amour, le sens de la vie… Tu as stressé pour des réunions de boulot, tu as boudé pour des textos restés sans réponse. Et le résultat de ce marathon existentiel ? Une boîte crânienne fracassée contre du pin massif suédois, et un tête-à-tête avec absolument que dalle…

… Arf… Parce que discuter avec son MOI intérieur, dans un espace de Rien… Situation grave flippante…

On nous vend la mort comme un grand mystère, une transition vers une autre dimension de conscience. Mon œil. C’est juste le moment où l’univers te pose sur « Muet » et t’oublie derrière la Voie Lactée. On n’est pas des âmes en peine, on est des chaussettes perdues dans le tambour d’une machine cosmique…

C’est presque poétique, finalement. Cette futilité absolue, ça te donne une sorte de paix détachée, une sagesse de vieux sage bouddhiste où un truc vaguement sage aux cheveux blancs. Celui qui aurait tout compris au vide originel. Tu te sens prêt à fusionner avec l’infini, poussière parmi les poussières galactiques, voir divine… Où alors ? La weed était, vraiment, mais vraiment puissante…

… Mouahhaha !!

M’enfin… Mon rire s’éteint. D’un coup… Parce que même l’euphorie finit par sonner creux quand il n’y a pas de cage thoracique pour la faire résonner. Arf !!

On fait moins le malin. On attend. On se dit que la défonce va bien finir par redescendre, que le pin suédois de la commode n’était peut-être pas si dur, que le SAMU est en route. Le bip-bip d’un défibrillateur va se faire entendre ??

… Allé, s’il y a un service après-vente dans ce foutu cosmos, c’est le moment de se manifester.

… OOoohh !! S’il vous plaît. N’importe quoi. Même un acouphène, je prends…

Je passe une main inventée dans ma magnifique tignasse onirique…

Et là, mes doigts intangibles se figent.

Ce n’est pas un acouphène qui brise le silence. C’est un bruit de… Comme un cliquetis. Un bruit sec, régulier… : Tchak-tchak… comme un martèlement désordonné.. Tchak… Tchak… Arf, c’est agaçant… Puis, un énorme soupir, las, tellement lourd qu’il fait tressaillir mon absence de colonne vertébrale…

… Alloooo !! J’ai crié dans le grand rien… Sans voix…

En parlant de voix… Ma tête résonne d’une pensée terriblement humaine, fatiguée, un peu embrumée de fumée euphorisante, qui résonne comme si elle venait de tout autour et de nulle part à la fois… Et le pire… C’est que ce n’est pas moi qui penses :

— « Bon… Le coup de la commode et de la litière du chat, c’est pas mal pour l’humour. Mais le coup de la weed, c’est un peu cliché, non ? Il va falloir retravailler cette fin, mon vieux. Allez, on efface et on reprend… Mmm où pas ? »

L’Auteur bascula en arrière sur son fauteuil. Un nuage londonien flotta dans son bureau. Sa chatte, la belle Marley dormait sur le canapé, dans une position enviée par tout athlète en gymnastique. Le soleil venait de pointer ses, déjà trop ardents, rayons estivales…vaux ??… Arf !!

— M’enfin bref, lança t’il à son personnage, perdu et désespéré. Il posa les doigts sur le clavier, ferma les yeux, inspira une longue bouffé de satisfaction.

… Alors comme ça, je ne suis qu’un personnage fictif, voir lointainement inspiré par les délire de mon auteur ?!!… Bin, merde…

Le néant se mit à clignoter, flash lumineux, grand noir, flash… comme un écran de traitement de texte qui attend qu’on tape la suite…

Tchak. Une pression sur la touche Effacer, puis deux….

Et là, au milieu du curseur qui clignote devant moi, une dernière pensée me traverse avant le grand reboot. Une pensée qui n’est peut-être pas la mienne, ou peut-être que si, allez savoir… Je ne suis qu’un produit philosophique absurde… Et si je ne suis qu’une poignée de mots nés de l’ennui d’un type qui fume des trucs en regardant son chat dormir, qu’est-ce qui prouve que lui n’est pas le personnage d’un autre ? Qu’est-ce qui garantit que ses rayons de soleil estivaux, sa litière à vider et ses doutes d’écrivain ne sont pas juste en train d’être tapés à la va-vite par une entité encore plus haute, installée devant un écran encore plus grand?

C’est le problème avec le vide. Dès qu’on l’ouvre, tout le monde veut regarder dedans.

Tchak.« Bon, cette fois, je recommence. Je tente l’immeuble en flammes et le chaton en détresse… T’en penses quoi toi, Marley ? Et vous, vous en pensez quoi » murmura la voix lointaine de l’Auteur.

 

FIN (provisoire , m’enfin… Peut-être)…

 
 

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