TERRE 2060
— Colonel !!… Colonel !!… Cono… lel !!!.
La porte vitrée du bureau s’ouvrit brusquement devant un jeune Sergent au visage tout rouge, d’avoir couru.
— Sergent Johnson ? C’est quoi ce bordel ? Vous vous croyez où ?
Le bureau du Colonel Matisson était aussi sobre que l’égo de son occupant était démesuré. L’officier installé dans un immense fauteuil en cuir, raide comme un « i » majuscule, lançait un regard noir au sous-officier Johnson, qui venait de surgir devant lui, comme un diable à ressort.
La fumée épaisse d’un Behike n°52 donnait à la pièce surchargée par une carrière militaire assidue, une légère odeur crémeuse et une sensation puissance élevée . Derrière l’officier, les grandes fenêtres donnant sur un océan vert turquoise, n’étaient en fait qu’un écran géant à LED. Le bunker ne possédait aucune ouverture donnant sur l’extérieur et les psychologues du gouvernement avaient lourdement insisté pour diffuser des images apaisantes.
Le jeune soldat, respirant comme un chiot assoiffé par une canicule, ne semblait pas le moins du monde constater son manquement hiérarchique. Figé devant l’imposant bureau en chêne massif de son supérieur, il était courbé en deux, les mains appuyées sur ses genoux. Le souffle court, tel un apnéiste luttant pour reprendre sa respiration, il parvint enfin à articuler :
— Mon Colonel… HAN ! HOUF ! Colonel Matisson… HOUF ! Tentant de reprendre son souffle, le Sergent Johnson se souvînt de son grade et percuta un Gard-à-Vouuuu !! impeccable, au rythme du tambour que faisait son cœur dans sa poitrine.
— Quoi ? claqua la voix de son prépondérant patron, comme un coup de fouet sur la corde sensible d’un nerf à vif.
— On… on a un contact… Une goutte de sueur glissait dans le cou avant d’être absorbée par le col de son uniforme immaculé.
Le Colonel Matisson, bondît comme un bouchon de « LAURENT PERRIER OENOTHÈQUE Millésimé » de son siège de Chef-en-chef. Sa stature gigantesque posa son impressionnante ombre sur son subordonné tremblotant.
— Quo… Vous êtes sûr ? écrasa-t-il de sa question, le jeune militaire essoufflé.— Positif, mon Colonel. Contact confirmé. Origine : Tau Ceti. Heure du premier contact : H 03 : 45…
Le silence qui suivit sembla absorber jusqu’au ronronnement discret des climatiseurs du bunker. Le Colonel Matisson resta figé d’excitation, de joie et un peu de peur soyons honnête. Vingt-quatre ans d’attentes à ce faire chier, d’incertitudes enfin récompensées.
— On y va… Faites venir tout le monde, seulement pour une accréditation de niveau 5 … En route, Sergent, l’histoire s’écrit devant nous… Et je vais… Nous allons en faire partie, soyez fier de l’opportunité qui s’offre à vous…
— En route, vous avez vos ordres… grogna le Colonel Matisson du haut de son imposante stature.
Le grand patron sera heureux d’apprendre qu’enfin les crédits alloués n’ont pas été vains. Devant le miroir qui trônait au centre de la pièce, l’officier supérieur prit le temps d’enfiler la veste de son uniforme, constellée de médailles méritées. Sûr de lui, il reluqua le reflet de son ego démesuré.
Vingt ans auparavant, l’humanité avait envoyé un message vers cette étoile. Une présentation officielle de son espèce, de sa culture, de ses sciences, de ses espoirs et d’une quantité embarrassante de musique classique choisie par un comité international incapable de se mettre d’accord sur autre chose.
— Vingt ans de silence… Arf, et enfin aujourd’hui une réponse, une putain de réponse et sous mon commandement en plus. Quelle aubaine. Jubilait intérieurement le militaire de carrière.
— Qui est au courant ? demanda finalement le Colonel en boutonnant sa veste.
— Le Centre de Communication Profonde. Le Département Scientifique. Le Général M. Parkinson et le Président C. Broutson devraient être informés dans moins de cinq minutes.
— Attendez avant de prévenir qui que ce soit, ordonna l’imposant colonel.
— Le Général Erikson est déjà au courant mon Colonel…
Matisson grogna et d’un geste fit signe au Sergent de quitter les lieux. Johnson ne se fit pas prier. Il pivota immédiatement sur ses talons qui claquèrent dans l’immense pièce, il s’éclipsa aussi vite qu’il avait surgit, en criant dans l’atmosphère enfumée du bureau.
— Oui, Mon Colonel ! À vos ordres mon Colo…
Il disparu à l’angle du couloir en hurlant devant lui des « Poussez vous, mais barrez vous, cons de mi… !!! »…
Une fois équipé de ses atours de guerrier de bureau, l’homme quitta le bureau d’un pas martial et décidé.
Quelques minutes plus tard, il pénétra dans la salle du labo, aménagée en salle de communication.
L’endroit ressemblait davantage à un centre spatial qu’à une installation militaire. Une dizaine de rangées d’écrans géants occupaient les murs. Quatre personnes travaillaient déjà devant leurs consoles.
— Enfin, pensa-t’il, ma promotion m’est enfin acquise… Arf, pas trop tôt… Aller hop, allons parler avec les aliens……
……………………………………………..
Les couloirs du complexe souterrain grouillaient d’activité. Des techniciens couraient dans tous les sens tandis que plusieurs écrans muraux diffusaient des bandeaux rouges clignotants :
CONTACT EXTRASOLAIRE CONFIRMÉ…
PROTOCOLE PREMIER CONTACT ACTIVÉ…
NIVEAU DE SÉCURITÉ OMEGA…
REGAGNEZ VOS POSTES…
CECI N’EST PAS UN EXERCICE….
La salle de transcription improvisée vibrait d’une agitation frénétique, comme une cocotte-minute d’élite sur le point de perdre son couvercle. Sur les écrans holographiques, les glyphes extraterrestres continuaient de pulser avec une insolence presque élégante. Les humains quant à eux, transpiraient comme s’ils allaient devoir négocier la paix universelle avec un tableau blanc et trois stylos quat’couleurs…
Le Colonel Matisson faisait les cent pas derrière la baie vitrée blindée, les mains dans le dos, le menton haut, l’œil aussi tendu que ses nerfs en pelote. Autour de lui, le Sergent Johnson, le Caporal Dawson, et le deuxième classe Morrison, ainsi que le première classe Carlson. Pour finir l’équipe comptait aussi le professeur Levinson, un spécialiste en linguistique appliquée.
Celui ci travaillait depuis plus de trente-six heures sans dormir. Il avait consommé trois cafés, deux anxiolytiques et une quantité de sucre que la médecine moderne considérait comme une tentative de suicide.
Tous s’échinaient sur leurs consoles, chacun campé dans la dignité fébrile de son grade, de son poste ou de sa propre importance.
— Reprenons depuis le début, gronda sèchement dans le micro, le Colonel Matisson. Et cette fois, essayez de me parler comme à un être humain, ou au moins comme à un officier.
Morrison, un jeune homme au visage boutonneux et imberbe leva un doigt timide.
— Mon Colonel, nous avons reçu une nouvelle séquence en réponse au message envoyer en 2040 par l’équipe précédente. Nous avons relancés la séquence, il y a 20 minutes et on a entendu…
— Ils… ont… on a reçu un… Ils ont répondu à notre dernier message en moins de vingt-trois secondes. Ajouta Johnson, coupant la parole à son subordonné :
— Vingt-trois secondes ? Interrogea le technicien radio Dawson. Son crâne brillait sous la lumière verte de son écran.
— Mais ? Tau Ceti est à douze années-lumière, merde, jura le Colonel.
— Ou alors, c’est une blague, murmura doucement, comme pour lui, le deuxième classe Morrison, en repositionnant sa paire de lunettes sur son nez.
Le Colonel tourna brusquement vers lui sa tête à la coupe militaire au cordeau, et cracha dans et sur l’interphone :
— Soldat !! Qu’est-ce que vous avez dit ? Sachez que ce que vous faites aujourd’hui n’a rien d’une blague… Alors, qu’est-ce que vous avez dit, soldat ?
— Rien, mon Colonel. Je comprends, mon Colonel… A vos ordres mon Colonel… S’excusa honteusement, le militaire à lunettes…
Le docteur Levinson pivota vers l’écran principal et désigna la ligne de traduction encore hésitante.
— Leur premier message après notre tentative de salutation a été interprété comme une forme de… de reconnaissance ironique. Regardez.
Sur l’écran holographique affichait des symboles inconnus, du moins ne ressemblant à aucunes écritures terrestre, clignotant comme les battements du sang dans les tempes :
>>> ⎐⍜⏁⍀⟒ ⏁⟒ ⏁⏃⏁⟟⎐⟒ ⎅⟒ ☊⍜⋏⏁⏃☊⏁ ⟒⌇⏁ ⋔⏃⌰⏃⎅ ⍀⍜⟟⏁⟒ ⋔⏃⟟⌇ ⏃⎅⋔⟟⍀⏃⏚⌰⟒⋔⟒⋏⏁ ⌿⟒⍀⌇⟟⌇⏁⏃⋏⏁⟒
Le Sergent Johnson écarquillait les yeux, indécis et perplexe.
— Enfin… souffla le vieux scientifique.
— Merde, laisser échapper un Caporal Dawson impressionné…
— Nom de Dieu, murmura Johnson…
— Dieu n’a rien à voir là-dedans, Sergent… Non, vraiment rien…
— Oui, Mon Colonel…
— Et arrêtez de souffler comme un bœuf asthmatique, Morrison, c’est un ordre…
— Oui, Mon Colonel. A vos ordres, se soumît le concerné…
Le crépitement des ordinateurs derniers cris, couvrait à peine la tension qui régnait dans la pièce.
— Professeur ? Vous… Vous comprenez quelque chose ?? Interrogea l’officier…
Le vieux professeur Levinson, au physique conforme aux clichés de cinéma, triturait un crayon entre deux doigts, il haussa ses maigres épaules.
— C’est peut-être leur façon de dire “Bonjour…” où encore « Nous allons vous détruire… Mouahahahahah ! ». Son rire gras ainsi que ceux lâchés par les autres membres de l’équipe, cessèrent instantanément sous le regard inquisiteur du plus haut gradé.
— Concentrez vous, messieurs ! ordonna sèchement Matisson, le visage plus dur que la pierre. Il tourna son imposante silhouette vers l’homme de science, interrogeant du regard au travers de la grande vitre blindée. Le micro crachotait dans toute la salle de transcription.
Le Colonel agitât négligemment la main dans sa direction, et lança :
— Professeur, enclenchez le protocole « Corvus »...
Celui ci, acquiesça de sa tête chauve…
— Sergent Johnson, je vous pris… Autorisation de lancer le protocole « Corvus » … Code d’autorisation : 6202-60-01… Énonça le spécialiste avant de reculer contre la baie vitrée.
— Opérateur One, Sergent Johnson Anton… Autorisation de lancer protocole « Corvus » … Code d’autorisation : 6202-60-01… Enclenché…
Les lumières de la salle télématique scintillèrent en cadences, avant de plonger l’endroit dans le noir. Seuls les projections holographiques diffusaient une douce lumière verdâtre, dessinant des ombres délirantes sur les visages concentrés.
Une seconde après la coupure du réseau électrique, une lueur rouge vive, venant du fond de la pièce clignota deux fois avant qu’une voix métallique, sans sexe apparent, déclame dans les enceintes disséminées partout.
— Bonjour Professeur… Comment puis-je vous aider ?
— Bonjour « Corvus ». Comment vas tu, aujourd’hui ?
—Parfaitement bien professeur… Répondit sans hésitation l’IA super puissante, financée par le gouvernement lors de la guerre contre la Russie en 2047.
Elle pointa son œil optique sur chacune des personnes présente. Le sifflement de son disque interne, cœur de son intelligence, siffla pendant une fraction de seconde.
— Bonjour Colonel Matisson… Bonjour Sergent Johnson… Bonjour Caporal Dawson… Bonjour deuxième classe Morrison, j’ai passé une commande auprès de la pharmacie du camps Alpha, pour vos problèmes de peau. Le visage bourgeonnant vira au violet.
— Je vous salue aussi première classe Carlson…diffusa les enceintes de la voix métallique. En quoi puis-je vous aider ? Krrr !!…
Les symboles mystérieux, continuaient lentement de clignoter au dessus des bureaux. Brusquement, ils disparurent à la vue de tous… Un silence pesant s’installa une seconde, puis un code binaire s’affichait sur tout les écrans :
>>> ENTRE SIGNAL TAU CETI REÇU :
01010000 01000001 01010100
01000011 01001000
>>> FICHIER JOINT DETECTÉ
01110001 01110100 01101110
00101110 01100101 01111000
01100101
>>> AUTO-EXÉCUTION…
__OK…
LATENCE THÉORIQUE :
__12 ANS 17 JOURS
LATENCE ACTUELLE :
__00:00:23
>>> CANAL OUVERT………….
« | » La barre verticale clignotait poussivement… Personne ne disait un mot. Si une mouche avait put passer les différents systèmes ultra-sécurisés, son vol aurait été la seule interaction troublant l’espace auditif.
— Hi, ça chatouille… Transmit « Corvus ». Elle agrandit automatiquement une nouvelle fenêtre sur l’écran central, avant de continuer aux sonorités graves, pour appuyer son propos.
— Ce n’est pas un message…
— Ah bon ? Interrogea le linguiste excité comme à la remise de son premier diplôme.
— Non…
— Ils nous ont envoyé ceci. Le curseur sous contrôle de l’IA désigna un fichier.
— Qu’est-ce que c’est alors ?
— Nous ne savons pas encore. Dois-je l’ouvrir professeur ?
— Pas très rassurant ça ? Ajouta le première classe Carlson, un tremblement dans la voix.
— C’est quand même étrange tout ça… S’ils peuvent envoyer du code pour accélérer la conversation… Pourquoi ils ne nous contac… Indiqua Morrison, les bras écartés comme une évidence.
— Merci soldat, nous avons compris vos théories absurdes… Retournez à votre console, deuxième classe Morrison… Le coupa sèchement, le Col. Matisson en gonflant son grade supérieur au maximum.
— Je pense à un protocole informatique envoyer depuis l’autre bout de la ligne. Réfléchit à haute voix le professeur en se grattant le crâne chauve.
— Qui fait quoi ? Demanda l’officier supérieur…
— Il semble avoir modifié la structure de notre code et permet d’accélérer nos échanges… Mais, c’est impossible… Comment… ?
— Et ???
— Les réponses ne mettront plus douze années à revenir…
Matisson cligna des yeux. Il se leva de la chaise où il s’était lourdement assis plus tôt, faisant couiner l’objet de soulagement, lorsqu’il passa dans l’autre pièce…
— Pardon ? Comment est ce possible ?? C’est ultra sécurisé, super secret… Merde…
— Mon programme agit sur le système de transmission quantique expérimental installé à Genève il y a cinq ans, Il semblerait qu’un satellite militaire à été hacker… Voulez vous que je lance un check-up complet, professeur ? Compléta l’intelligence à plusieurs milliards de Dol terrien.
Le vieux scientifique entra quelques lignes de codes sur le clavier du soldat Morrison par dessus son épaule :
>>> EXECUTER FICHIER REBOOT ET VERIFICATIONS DES SYSTEMES…
— OK… ENTRER POUR VALIDER… |
Des bips se firent entendre lorsque « Corvus » exécuta la fonction transcrite dans sa mémoire. Elle venait d’entrer en mode mise en veille… Cela durerait quelques jours, où elle sera inopérationnelle pendant les mises à jour les exaoctets composant sa mémoire et ses capacités cognitives artificielles.
Le Sergent Johnson fronça les sourcils.
— Attendez, attendez… vous voulez dire que nous allons devoir traduire une langue inconnue, avec un papier et un stylo ???…
Le doyen Levinson sourit.
— Oui, Sergent, mais vous pouvez utiliser les ordinateurs aussi. Moqua le vieil homme.
— Grâce à ce qu’ils nous ont envoyé, une réponse mettra entre vingt-cinq secondes environ et moins d’une minute… Je crois… Que l’on vive l’impossible, et il faut s’attendre à l’inconnu. Continua t’il pensif…
— Doublement impossible… Souffla le Général de brigade Erikson qui venait de rejoindre le groupe et d’entendre la fin de la conversation. Il se tenait debout derrière le colonel. Effaçant de sa stature imposante l’égo de son sous-officier. L’homme mesurait deux mètres, ses muscles saillant boudinaient la veste de son uniforme. Une présence inquiétante, cacher derrière un sourire de façade.
Le silence revint. Plus lourd encore que les précédents.
— Vingt-cinq secondes ? répéta t’il. Pour lui même.
— Environ… Mon Général, indiqua l’officier radio.
— Vous êtes en train de me dire qu’une civilisation située à douze années-lumière nous a envoyé un mode d’emploi permettant de discuter presque en direct ?
— C’est précisément ce que je suis en train de vous dire mon Général. Plus précisément, ils ont modifiés nos moyens de communication. Le professeur mi-fébrile mi-tremblant, esquissa un rictus qui ressemblait en société, à un sourire…
Erikson déglutit. Ses épaules baissèrent de quelques millimètres sous le poids de ses futures implications dans ce secret d’état…
— Ils sont donc incroyablement avancés, alors. Hum…
— C’est une hypothèse raisonnable… Continua le Colonel.
L’ambiance de l’ancien labo, transformé en cellule de crise dans l’urgence du moment, devint glacée. Le troufion Morrison se redressa sur son siège et donna un violent coup de poing dans la climatisation accrochée au dessus de son Holo-écran. Elle cracha un peu d’eau avant de nouveau ronronner et de réguler la température.
Tous les regards réprobateurs étaient rivés sur le soldat, qui retourna à son poste, sans prêter y attention. Il pris le temps de se repositionner sur son siège, bu une gorgée de café froid, fît craquer ses doigts et remarquant l’attention portée sur lui, dit :
— Les bonnes vieilles méthodes, y a que ça qui marche…
Dans un crépitement informatique, qui fît sursauter l’assemblée, sur l’écran apparu un nouveau message clignoteur aux pictogrammes venus d’un autre monde…
>>> ⏃⌰⌰⍜ ? ⏃⎐⟒⋉-⎐⍜⎍⌇ ⍀⟒☊⎍ ⋏⍜⏁⍀⟒ ☊⍜⎅⟒ ? ☊⍜⋏⎎⟟⍀⋔⟒⋉
Une absence de bruit, aucun remue-ménage pour signifier un peu de réactions du personnels accrédités devant l’holo-écran. Le Général de brigade Erikson fut le premier à secouer ses neurones. Il hurla des ordres, déclenchant une frénésie comme un coup de pied dans une fourmilière.
— Messieurs, traduisez moi ça le plus vite possible. Nous n’avons pas de temps à perdre. Le Président, la nation et même le monde ne doivent rien savoir avant que vous ayez fini votre boulot capital. C’est un ordre… Vous ne rendrez des compte qu’a moi où à votre supérieur ici présent, le Colonel Matisson…Compris ??
Se penchant vers le Colonel Matisson, il murmura dans son oreille : Je déjeune avec le secrétaire d’état à la défense Donalson. Et vous savez comme il est pointilleux avec les budgets… Je veux des résultats… Il quitta le labo dans un coup de vent aussi vite qu’il était apparu.
Matisson, savait que son supérieur hiérarchique allait s’attribuer le mérite de toutes découvertes majeurs, c’est le jeu mon pauvre Mati, rumina t’il. Se ressaisissant, il retrouva sa posture d’autorité et annonça d’une voix assurée :
— Messieurs, traduisez moi ce message le plus vite possible. Nous n’avons pas de temps à perdre. La nation, le Président et même le monde ne doivent rien savoir avant que vous ayez fini votre travail capital. C’est un ordre… Vous ne rendrez des compte qu’a moi, bien compris ??
La soldatesque et le vieux spécialise en langues morts et vivantes répondirent de concert et retournèrent travailler.
les haut-parleurs restaient muets. Ici, tout se jouait dans le silence, dans les chiffres, dans les temps de latence, dans le vertige d’un échange qui n’avait rien d’une conversation et tout d’un jeu de piste psychotique.
…………………………………………………………………………..
Deux jours avaient passés sans grandes avancées, mais en ce lundi matin, le Sergent Johnson fit apparaître un nouveau lot de données. D’autres messages avaient fait leur apparition au cours des quelques journées suivantes. La tache était ardue mais l’équipe était motivé par leur possible entrée dans l’histoire par la grande porte.
>>> ⊑⍜⌰⌰⏃, ⌰⟒⌇ ⌿⍀⟟⋔⏃⏁⟒⌇… ⎐⍜⎍⌇ ⟒⏁⟒⌇ ⌰⟒⋏⏁, ⌿⍜⎍⍀ ⎅⟒⌇ ⟒⏁⍀⟒⌇ ⌇⍜⟟-⎅⟟⌇⏃⋏⏁ ⟟⋏⏁⟒⌰⌰⟟☌⟒⋏⏁⌇
>>> ⍜⋏ ⎐⍜⎍⌇ ⍜⏚⌇⟒⍀⎐⟒ ⎅⟒⌿⎍⟟⌇ ⌰⍜⋏☌⏁⟒⋔⌿⌇ ⟒⏁ ☊’⟒⌇⏁ ⌿⏃⌇ ⌿⏃⌇⌇⟟⍜⋏⋏⏃⋏⏁
Et chaque instant un peu plus qui passait, on aurait dit une ex, toxique qui s’accroche à sa folie amoureuse, tellement ils étaient noyés sous les appels venu de l’autre bout de l’espace.
Le jeune bidasse au visage en cratère, fumait un pétard d’herbes magiques, dans les toilettes du centre lorsqu’il fut alerté par les cris de joie de son camarade Johnson…
— Co— Colonel !!… Cono… lel !! Heu, Colonel !!…Professeur ?? Je crois que J’ai isolé un motif, une sorte de récurrence dans leur dernière réponse. Il revient trois fois, toujours avec la même structure, mais avec des micro-variations de durée.
— Et ça veut dire quoi ? demanda le Colonel qui venait d’arriver dans la pièce. Un sandwich maison en mains et petite serviette en papier en cravate..
— J’en sais rien, en fait… Mon colonel, conclu brusquement le jeune sous-officier.
Le regard de l’autorité hiérarchique se ferma d’un millimètre.
— Vous m’êtes d’une utilité ravageuse, Sergent. Je crois que vous avez gâché mon déjeuner…
— Merci, mon Colonel.
— Ce n’était pas un compliment.
— Je sais, mon Colonel.
Matisson, balata une miette piégée entre deux dents et sourit devant autant d’insolence.
Le professeur Levinson s’approcha et posa les doigts sur la table lumineuse.
— Ce motif pourrait être un équivalent à nos articles composant nos textes… Oui, bravo, je penses que vous tenez quelques chose, mon cher Johnson… Moui, continuer, je vous pris…
L’entrée dans la pièce ne fut pas autant discrète qu’il l’aurait voulu. Le deuxième classe Morrison se retrouva coincé entre la porte du labo et le poitrail musculeux de son chef directe. Le supérieur plongea ses yeux sombres dans le regard vaseux du jeune tire au flan.
— Morrison !! Foudre-dieu… Qu’est-ce que vous foutez encore ?
L’effronté sans perdre son assurance, commença par :
— Colonel… Je me demande si… Si on perds pas notre temps et l’argent des contribuables avec ces… Il désigna les Holo-écrans qui martelaient leurs messages sur les murs blancs du labo.
Dans un crépitement informatique, sur l’écran apparu un nouveau message…
Le Colonel plissa les paupières.
>>> ⊑⟒, ⏚⏃⋏⎅⟒ ⎅’⟟⎅⟟⍜⏁⌇. ⊑⏃⊑⏃ ⊑⏃, ⋏⍜⎍⌇ ⏃⎐⍜⋏⌇ ⌿⏃⍀⟟⟒ ⍾⎍⟒ ⎐⍜⎍⌇ ⋏⟒ ☊⍜⋔⌿⍀⟒⋏⎅⍀⟟⟒⋉ ⟊⏃⋔⏃⟟⌇ ⊑⏃⊑⏃ ⊑⏃
— Là !!! Ce symbole, là : ⊑⏃… Oui, on le retrouve un peu partout dans se massage… Triomphait l’expert en langues. Enregistrez tout, vite.
Aussitôt, un autre texte remplaça le message sur leurs rétines.
>>> ⊑⏃⊑⏃, ⎐⍜⎍⌇ ⟒⏁⟒⌇ ⋔⍜☊⊑⟒⌇ ⟒⏁ ⎐⍜⏁⍀⟒ ⌿⌰⏃⋏⟒⏁⟒ ⌿⎍⟒ ⌰⏃ ⋔⟒⍀⎅⟒… ⊑⏃⊑⏃ ⊑⏃
— Là… Encore… Le même idéogramme mystérieux.
L’excitation montait dans dans la salle, tous pérennisait des notes sur papier et disque durs.
Un autre mail intergalactique s’afficha :
>>> ⏚⍜⋏, ⏃⌰⌰⟒⋉ ⌰⟒⌇ ⏁⍀⍜⎍⌇ ⎅⎍ ⍾. ⍜⋏ ⏃ ⎅’⏃⎍⏁⍀⟒⌇ ⏁⍀⎍☊⌇ ⌿⌰⎍⌇ ⌿⏃⌇⌇⟟⍜⋏⋏⏃⋏⏁⌇ ⏃ ⎎⏃⟟⍀⟒. ⌇⏃⌰⎍⏁ ⌰⟒⌇ ☌⍀⍜⌇ ⋏⏃⋉⟒⌇…⊑⏃⊑⏃ ⊑⏃
— Mouahahha, bravo… Bravo, enfin… dansait en rond le vieux scientifique, ne cachant pas son bonheur.
— Mais… professeur ? tentait de se faire entendre le Col. en chef des opérations de communications avec une vie extraterrestre… Vous avez compris leur langage ?
— Professeuuuur !! Insista t’il brusquement, mettant fin à la dance folklorique du vieux bonhomme.
Les autres se lançaient des regards amusés et un peu gênés.
— Oui !!! Non, m’enfin pas vraiment… Mais laissé moi vous expliquer. Ce signe « ⊑⏃ », reconnaissable et redondant dans plusieurs missives, nous donne une base à étudier. « Corvus », lorsqu’il reprendra ses fonctions, demain matin nous ferai avancer beaucoup plus vite… Je vous le garantit mon très cher Colonel…
Les jours passèrent sans aucune autres nouvelles des mystérieux correspondants, et même avec l’aide de la puissante intelligence artificielle à plusieurs milliard, les avancées restaient au point mort et traînaient la patte comme un escargot… C’est à dire au point mort…
Le Général était furieux, le Colonel était fou de rage, le sergent râlait contre le première classe et le soldat de grade inférieur fumait des pétards dans les chiottes. Seul le savant lettré semblait travailler sur le décryptage avec l’aide de « Corvus », toujours assidue.
A suivre…