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La Marche des Morts-Debout Part 3

Suite en cours d'écriture... Bonne lecture...

La Marche des Morts-Debout Part 2

 

Chapitre 10 : L’expédition

 

La toujours joyeuse Ginah, écoutait avec attention les conseils du vieux Joh. Une blondinette au sourire éclatant de sincérité. Compagne et fervent soutien à son Âme-sœur, qui se tenait à ses côtés, Vinz.

Âgée d’un an de moins que son amoureux, née tout juste quelques mois avant l’ascension du fléau aux dents acérés et la disparition d’une humanité trop prétentieuse, lui avait susurré, une fois son compagnon.

Elle et lui déambulaient de part le monde au grès de la première prolifération affamée depuis une dizaine d’années avec leurs quatre parents, avant d’être recueilli dans ce groupe par un vieux soldat qu’elle ne connu que peu de temps avant son sacrifice…

Grandir dans un monde qui s’effondre est déjà compliqué, pleurer à la mort de son père, pleurer à la disparition de la mère de son Vini, crier pour faire fuir la meute enragée qui dévorait sa maman, pleurer… Moins…beaucoup moins. Puis Joh, avait pris en main l’avenir du clan, ne laissant rien au hasard et ils survivaient… Du moins pour le moment.

D’autres groupes n’avaient pas eu cette chance, soit rattrapés pour finir dévorés, souvent vivant, soit perdus dans le désert du monde et finir dévorés par leur propre faim .

Une chose qu’elle avait comprise au cours des soirées-conseils que les trois Grands mirent en place à la mort du vieux, était que le monde est cruel, sans pitié, horrible… Mais au contact de la communauté créée par et autour du sage Joh, le rigolo et bougon Gill et la douce Akhi, que le monde était aussi compatissant, clément et résilient. Par la suite, Ginah décida de transformer sa perte d’empathie, c’est comme ça qu’on dit, l’avait rassurée Dam’ Akhima, un soir d’écoute, en un optimisme contagieux…

Ginah sortie de sa rêverie en sentant la main chaude de Vinz serrer la sienne.

Joh avait réuni autour de lui, les différents groupes de « Fokons » qui formaient les Veilleurs et autres Pisteurs affiliés.

La structure du convoi, construite et pensée par Père Maurice, comme une énorme machine des temps modernes ou chaque rouage ne pouvait survivre sans l’aide et le travail commun.

— Tout le monde est là ? interrogea Joh. La barbe blanche flottait dans le vent chargé de neige. Sa vieille tenue militaire vert délayée doublée de fourrure, faisait tache dans le début de tempête qui leur tombait dessus. Il plissait les yeux et répéta.

— Rôh…  Tout le monde est là ? 

Un colosse âgé de dix sept ans. Les cheveux rasés sur les côtés, laissant une ligne sur le milieu du crâne, comme il l’avait vu dans un vieux bouquin sur les peuples du Nord. Vêtu de fourrures et de cuir, il portait une arbalète dans le dos. Il lança un œil alentour de lui et déclama, la neige de plus en plus drue, virevoltant autour des Fokons de Rôh :

— Yep… On est tous là… 

— Bien, Briss et vous deux, dit Joh en désignant deux ado d’environ dix/douze ans, harnachés pour la baston. Vous couvrez le groupe de Rôh et Klair à l’entrée de la ville… OK ? Les intéressés hochèrent la tête en signe d’acquiescement.

Le vent du Nord soufflait de plus e n plus fort. La densité de la glace et l’épaisseur de neige rendait difficile l’avance à travers la forêt au bois décrépit. Les animaux et les charriots souffraient autant que le moral général.

Joh en avait discuté avec la communauté la veille autour du feu.

Choisir de passer par la forêt dense et mourir de froid, de faim voire dévoré par la Horde ou un dangereux Charognard… Où bien encore traverser les ruines et y dénicher quelques ressources vitales, avec les mêmes foutues  problématiques que le contournement. L’unanimité pour la ville, trancha toutes questions.

 

L’ancien et sage Joh, fit un signe vers Ginah et Vinz de s’approcher. 

 

— J’ai un boulot… Hum, comment dire ??…

— Compliqué ?? S’informèrent les deux Veilleurs…

La neige s’accumulait sur la barbe et les sourcils de leur mentor, faisant monter une léger envie de rire chez Vinz, instantanément stoppée net par le ton sec et sérieux qu’ils obtinrent pour unique réponse. Promenant son regard sur le groupe dont les silhouettes disparaissaient dans le blizzard, Joh annonça, la gorge noué par la situation dramatique :

— Dangereux… mortellement dangereux… Ces quelques claquaient aux oreilles de l’ensemble des Vielleurs, avant d’être emportés dans le vent pour une destination inconnue.

Klair penchait une tête songeuse, sur ses pieds enfoncés dans la poudreuse jusqu’aux genoux . Elle n’avait jamais vu son ami, dans cet état. Rôh sans crainte, appelé ainsi par ses camarades de vadrouilles, posa une main rassurante sur l’épaule de Ginah, qui sourit mollement en retour. Son chevalier servant tremblait de froid mais pas seulement. 

Briss et les garçons qui l’encadraient, Louka et Math, sembla-t-il à Joh, faisaient s’entrechoquer leurs lances en rythme, comme pour donner du courage à l’expédition…

Toutes et tous, Veilleurs et Soldats attendaient silencieusement le dénouement. Joh reprit dans un tourbillon glacial :

— Ma belle, j’aimerai que tu retourne en arrière, un où deux jours… Et que tu…vous…  Il continua :

— Vous vous approcher de la Horde… Éole fit silence, comme pour laisser le drame se mettre en place. Je veux que vous… OK ? Briss ?! Qui acquiesça respectueusement au vieux guerrier, sage survivant  Aucuns risques ne doit-être prit… C’est bon pour tous ?… Promis ?

— Promis, crièrent-ils, tous en cœur dans la furie hivernale qui reprit de plus belle.

— Votre mission, si vous l’accept…, si vous êtes d’accords, pour approcher les monstres… Je veux que vous preniez le plus d’infos possible et nous revenir au plus vite en vie, bon pour tous le monde ?? Conclut Joh.

Pour seule réponse, il vit les silhouettes des Fokons et des SC disparaître dans la tempête, tel les spectres du passé dans des esprits démoralisés mais déterminés.

 

 

Chapitre 11 : Le Temple

 

Dans la petite grotte, qu’ils avaient aperçus lors d’une miraculeuse accalmie, Ginah, Vinz et trois autres Veilleurs tentaient de se réchauffer. Les uns coulés contre les autres, trop proche d’un ridicule feu luttant contre le froid sibérien qui envahissait leur temporaire refuge. 

Le vent hurlait dans leurs oreilles, comme s’il leur enjoignait de faire demi-tour, noyant de désespoir, toute tentative d’atteindre le royaume des rêves et un repos absolument mérité.

 

Pourtant, les températures implacables étaient le moindre de leurs soucis. Plus ils se rapprochaient de la Horde, plus les peurs viscérales prenaient possessions des esprits, même les mieux préparés.

 

Les rares moments où la nature accordait un peu de répit et coupait le souffle du vent était pour dévoiler aux courageux éclaireurs, le mur noir et mouvant de la Horde soulevant sous le nombre, neige et cendres sur son passage, cachant ainsi l’horizon dévastée.. Certes moins haut, moins pressé mais seulement ralenti par l’hiver.

 

Entre deux bourrasques ouvrant le blizzard en deux, comme les rideaux du théâtre Cagole du bougon Gill, ils pouvaient observer les déplacements et trajets emprunter par le monstrueux agglomérat de dents, de griffes et d’un appétit insatiable. La multitude constituant la nuée ressemblait à une gigantesque créature semblant ramper sur le sol, rongeant, dévorant toute trace de vie qu’elle croisait. Ginah et les autres n’avaient jamais été aussi proche, Joh évitait le plus souvent, d’envoyer les plus jeunes en repérage. Les mouvements de la bête, donnaient l’impression aux jeunes explorateurs, de voir les muscles bouger sous une peau purulente. Un frisson, beaucoup plus intense que celui provoqué par le froid, avait parcouru toutes les échines et remonté jusqu’aux tréfonds des peurs primales.

 

Joh leur avait donné comme consigne de ne prendre aucuns risques, de prendre la fuite le plus vite et le plus loin possible…Vite et loin…

 

— La mort rattrape ceux qui ne la fuient pas…Ô’rass !! Conseillait toujours leur vénéré guide avant toutes explorations, en vue d’une razzia fructueuses.

 

De plus, aucun des membres de l’expédition, n’ignorait les histoires de groupes pensant être à une distance de sécurité suffisante de la masse affamée. L’expérience des trois Grands combiné au savoir transmit par le Fondateur du convoi, avait démontrée à plusieurs reprises qu’il existait de plus petits essaims en amont où orbitant autour du plus imposant Raz de marée destructeur.

 

……

 

Ils étaient partis alors que la tempête hiémale venue du Nord rappelait à l’ordre tout imprudent ou prétentieux. Parfois, lors d’un énième tour du monde, de nouvelles statues de glace jalonnaient le chemin.

 

Cela faisait deux jours, qu’ils rebroussaient chemin vers l’Ouest , en direction du but de la mission confiée. Ginah avait pris la tête du groupe, se déplaçant en file-leuleu comme disaient les petits. Suivit de près par Vinz qui posait ses pas dans les traces laissées par sa compagne. Derrière eux, les talonnaient, non sans difficultés, le trop jeune Veilleur Kentin, à peine âgé de treize ans, nouvellement affecté.

 

Deux SC, dont un que connaissait Vinz et Ginah pour avoir déjà patrouillé ensemble, Louka. Fermant la marche, une silhouette fantomatique, effacée par la tourment enneigée ne permettait pas aux premiers de cordée de voir qui était cette personne qui les avait rejoint au dernier instant. Le mauvais temps avait compliqué leur progression tout du long de la journée, rebroussant leur chemin déjà englouti par le froid…

 

La première nuit ne s’était pas bien passée dans le calme hivernal, le petit groupe avait trouvé une séries de vieilles bâtisses, tenant encore debout malgré un lointain incendie qui avait ravagé une grande partie du plus large bâtiment attenant.

 

— Un temple, non ? Questionna l’un des jeunes chasseurs.

 

— Non, un entrepôt, où un truc comme ça ? Désigna la Soldate qui fermait la marche. Une adolescente à la peau noire charbon, mémoire de ses ancêtres. Emmitouflée dans une longue veste en fourrure de loup sombre dont la tête ornait l’épaule, elle ressortait sur la neige comme une ombre en pleine lumière. Ginah, reconnaisant la jeune fille, lui sourit chaleureusement et demanda :

 

— Ody, t’y vois quelques choses, toi ? La jeune femme n’eut pas le temps de répondre qu’elle fût coupé par le vent avant que Vinz n’enchaîne :

 

— A droite, sur la grande plaque rouillée aux signes manquants… Quelqu’un comprend les trucs inscrits dessus ?? Questionna Vinz aux autres Fokons, accroupis dans la neige au centre d’un bosquet d’arbres résistants aux défis du nouveau monde.

 

A une trentaine de mètres devant eux mourraient trois bâtiments, au bout d’une esplanade d’asphalte rongé par l’usure du temps. Les carcasses d’une dizaine de véhicules désagrégées par la rouille, recouvert d’une couche épaisse de neige, trônaient encore dans ce lieu de désolation, comme en attente d’un retour à la normal qui ne viendra jamais.

 

Le petit groupe approcha de la plaque. Les lettres étaient étranges, anguleuses, délavées par des décennies de blizzard.

 

— « Суп_рмарке_» commença-t-il à déchiffrer avec peine.. C’est quoi comme langue ?

 

— Du Russe, murmura Ody derrière lui. Sa voix était basse, étouffée par le col en fourrure de son manteau et par un vent sifflant. Joh disait que les frontières ne voulaient plus rien dire quand la poussière a commencé à tomber, alors il m’a appris des langues d’avant… C’était un « Super-marché », je crois…

 

En traversant l’esplanade goudronnée, Louka, serra ses doigts emmitouflés sur la hampe de sa lance. Il était nerveux, balayant de sa méfiance l’étendue glacée.

 

— Trop à découvert gronda-t-il à Kentin qui avançait deux mètres sur sa gauche.

 

— Reste concentré, comme on a appris à l’entraînement… Lui répondit celui-ci, autant focalisé que son camarade sur les alentours du parking.

 

Les Veilleurs franchirent les doubles portes automatiques du plus grand édifice. Béantes, depuis longtemps, comme dans un cri d’agonie de métal tordu et de verre brisé. Elles donnaient sur une obscurité qu’ils ne pouvaient percer. Vinz se glissa entre les débris de deux murs effondrés bouchant en partie la vue vers l’intérieur. L’air était plus lourd, chargé d’une odeur de moisi et de froid pétrifié.

 

Le contraste entre la furie hivernale de l’extérieur et les hurlements du vent, face au silence d’outre tombe qui hantait l’endroit, frappa chaque membres qui passait les portes, comme un coup de poing dans le ventre.

Avec une synchronisation presque parfaite, leurs lampes à huile furent allumées et balayèrent l’obscurité.

 

— C’est comme dans les histoires que nous racontait Joh, les soirs de veille. Sur un bonhomme avec son chapeau et son fouet, flippant… Ricana Ginah en pouffant.

 

— C’est pas, plutôt une meuf avec des flingues ? enchérit Ody, dans l’écho qu’avait produit le son de leurs voix.

 

— Chhhuuu !! Fermez là, chuchota Louka, qui cherchait à habituer ses sens à l’environnement.

 

L’endroit était immense. Des rangées de rayonnages métalliques s’étiraient vers le fond, comme les côtes d’un immense animal échoué. Tout était vide. Totalement. Pas une boîte de conserve, pas un sachet de grains. Juste des étiquettes aux couleurs passées qui pendaient comme des lambeaux de peau putréfiée, vague souvenir d’une époque opulente.

 

— Joh m’a dit qu’ici, les gens pouvaient choisir entre dix sortes de céréales différentes. Y avait aussi des boites à images pour Flims, souffla Kentin sur de lui, sa voix résonnant trop fort dans le silence.

 

Ginah passa sa main sur un comptoir couvert de givre.

 

— Dix sortes de céréa…? Une où deux, c’est déjà bien, mais… Dix…? Pour quoi faire, Juste pour un repas. ?

 

— Pour rien, je pense, répondit Vinz en observant un vieux chariot tout tordu, renversé sur un sol craquelé. Joh dit que c’était une époque où l’humanité croyait que le monde était éternel. Que déjà, ils couraient partout… Mais pas pour fuir la Horde, non, mais pour échapper à la peur de ne plus rien avoir, continua t-il pensif.

 

— Des cons, souffla Kentin. Il avait sortit un petit fagot de bois de son sac de cuir et commençait à installer un feu pour la nuit. Les étincelles produites par l’allume-feu, flashant les murs décrépit du vieux temple de la consommation, rendaient encore plus inquiétant la pièce de bureau qu’ils avaient choisit pour s’abriter.

 

Pendant que leur compagnon d’infortune préparaient le campement, Ody, Louka et Ginah partirent à la rencontre des fantômes qui hantaient le magasin abandonné.

 

C’était un spectacle fascinant et angoissant pour les jeunes gens. Chaque objet pouvaient leur raconter une histoire imaginaire ou proche du réel. Une caisse enregistreuse éventrée dont les entrailles avaient étés pillées depuis longtemps, gisait sur le côté.

 

— C’est une relique, venue d’un monde de géants capricieux, avides et cruels, bafouilla Ginah avec amertume en déambulant entre les rayons.

 

Kentin, les rejoint peu de temps après en courant dans un bruit de casseroles. Son armure était solide mais pour la discrétion, ce n’était pas gagné.

 

— Alors, des trucs intéressants ?, questionna-t-il avec un grand sourire.

 

— Et Vinz ?

 

— Il prépare la bouffe, et nous rejoindra après… Indiqua le jeune caparaçonné dans son rôle de combattant sûr de lui.

 

Ils arpentaient les allées vide d’un univers loin du leur, qui autre fois grouillaient de gens. Leurs pas résonnaient doucement atténués par les semelles de cuirs de leurs bottes.

 

Louka s’arrêta brusquement, attentif. Un léger bruissement, différent de la respiration intérieur du vieux bâtiment commerciale, avait titillé son attention. Il jeta un regard crispé vers les autres.

 

L’émerveillement face au musée alimentaire, fut de courte durée. Une ombre surgit au bout de l’allée. Un grognement sourd, vibrant comme un mécanisme mal huilé, s’éleva aussitôt du fond du magasin, là où les chambres froides gisaient béantes.

 

— Attention ! cria Ody. Elle dégaina avec une fluidité parfaite, un coutelas taillé dans le métal d’une vieille camionnette.

 

Ce n’était pas la Horde. C’était plus silencieux, plus précis et surtout en chasse et ils étaient les proies. Plusieurs formes grises et efflanquées surgirent de l’obscurité. Des loups. Mais pas les bêtes des livres de contes qu’ils avaient vus dans des trucs pour enfants peureux.

 

Eux aussi étaient des survivants sans pitiés, les côtes saillantes, les yeux brûlant d’envie, la bave aux lèvres, les estomacs désespérés. Le danger était present et la réaction fût instantanée.

 

— Formation des Oies ! ordonna vaillament le jeune guerrier, sa voix changeant de ton, perdant toute trace de rêverie. Ody, derrière moi au centre ! Ginah, avec moi en pointe !

 

— Louka, j’en vois trois et toi ?

 

Trois paires d’yeux d’un vert perçant firent leur apparition dans les ténèbres du centre commerciale. Leur grondement viscéral venus des tréfonds d’une faim instinctive, donna des frissons aux quatre survivants.

 

—Une douzaine, je crois… Pas sûr… Annonça Kentin, en position de défense, comme répétés mille fois sous les cris du Fabricateur. Lance en avant, pieds bien ancrés au sol. Tel les 300 guerriers de l’histoire…

 

Malgré ses treize ans, il ne tremblait pas. Comme tant d’autres, il avait vu tellement de proches disparaître qu’il ne semblait ne plus rien ressentir… Du moins, hors de sa couche. Sur sa gauche, dans la même position, faisant face à la menace, ce tenait Louka.

 

Ody, dont la peau sombre ne cachait en rien, sa détermination farouche, leur tournait le dos, protégeant leurs arrières. Ginah siffla aussi fort qu’elle le pouvais, cherchant à prévenir Vinz, occupé dans les bureaux.

 

Le premier loup bondit. Louka le reçut d’un coup de bras recouvert de cuir renforcé, déviant la charge avec une technique de pivot apprise au camp. La bête subit le choc mais trébucha sur des morceaux de verres éparpillés sur le carrelage, tombant aux pieds de Kentin qui acheva l’animal d’un coup de lance chirurgical en pleine tête.

 

— Deux autres sur ta gauche, Ginah, fais gaffe… hurla Ody en repoussant son amie d’un violent coup d’épaule qui l’éloigna de la charge sautée d’un loup, crocs en avant. Il retomba quelques mètres plus loin, avant de nouveau disparaître dans l’obscurité des rayons.

 

Ginah fit volte-face alors qu’un énorme mâle, sûrement le chef de meute, pensa-t-elle, approchait lentement. Un autre tentait de les contourner par le sommet des rayons. Le combat devint tactique. Les adolescents bougeaient comme un seul corps, couvrant les angles morts, ne gaspillant aucune énergie. C’était une danse de survie, froide et efficace.

 

Pourtant, la faim rend les prédateurs imprévisibles. Le mâle dominant, plutôt que de fuir, se jeta à travers un rayonnage qui s’effondra sur Ody. Dans le fracas du métal, la jeune femme perdit l’équilibre. Le loup ne manqua pas l’occasion. Ses mâchoires claquèrent, rencontrant la chair.

 

— Attention !!! Ody ! Non !! gémit Ginah qui apercevait du coin de l’œil, la lampe de leur camarde qui avait entendu leurs cris, projetant son ombre sur le décor consumériste des lieux.

 

Ody ne cria pas. Elle grogna de douleur alors que les crocs déchiraient son bras gauche pour l’immobiliser, avant qu’un second loup ne lui morde profondément la jambe. Dans un réflexe de pure volonté, elle planta son couteau dans la gorge de l’animal au-dessus d’elle, l’ensanglantant de la tête aux pieds. L’animal lacha prise avant de reculé, hésitant à contre-attaquer ou fuir loin des bipedes.

 

Kentin et Louka chargèrent pour la dégager, repoussant les assaillants à coups de lances et de cris gutturaux. Avec une rage de vivre, forgée par un monde brutal, les garçons avaient réduit le nombres à la moitié la meute.

L’affrontement n’avait duré qu’une poignée de minutes. Le mâle dominant, du sang coulant d’une longue plaie sur son flanc droit et réalisant que cette proie était trop coûteuse, ordonna en un jappement désespéré, à ses frères et sœurs d’abandonner la chasse. Les autres loups hésitèrent un instant avant de finir par s’évanouir dans les profondeurs de l’hiver.

 

Ody tenta de se relever, mais sa jambe lâcha. Ginah la rattrapa de justesse.

 

— On doit bouger d’ici, haleta Ody, le visage crispé par la douleur. Le sang… ça va les ramener. Et d’autres choses après eux.

 

— Le refuge, décida Vinz qui venait d’arrivé. Tous regardaient vers la sortie où le blizzard redoublait d’agressivité. On se replie vers la grotte. Louka, prends son bras droit. Kentin, couvre nos arrières. On ne s’arrête pas !

 

Ils quittèrent le temple de l’abondance, emportant leur blessée dans la nuit blanche, laissant derrière eux les fantômes du passé pour retrouver la dure réalité de la Marche.

 

Le trajet jusqu’à la grotte devient plus compliqué, les blessures occasionnées sur leur amie, ralentissaient beaucoup trop leurs déplacements. Enfoncés jusqu’aux hanches, dans une neige poudreuse et immaculée, ils avaient décidés de continuer leur mission et de prendre du repos quelques heures pour qu’Ody puisse reprendre le chemin du convoi…

 

« Demain est un autre jour, disait souvent le vieux Joh… »

 

……

 

Vinz posa un tendre regard à sa compagne serrée contre lui, échangeant leur chaleur mutuelle auprès du feu famélique.

 

— Tu restera avec Ody, pendant qu’on ira voir comment ça se passe la-bas…

Elle serra encore plus son corps partagé maintes fois et acquiesça de la tête avant de s’endormir, complètement épuisée par les événements de la journée.

 

……

 

Quelque part, à des kilomètres de là. Rôh lança un regard en direction de Klair qui se faufilait aussi silencieusement qu’un courant d’air dans une tempête au milieu d’une grande rue encombrée de cadavres momifiés et de carcasses rouillées…

… Part 4…